MEDILOR   Médecins d'Intervention de Lorraine

     

    LES MISSIONS HUMANITAIRES

Conférence faite par le médecin général R.HERTZ (+)

devant les membres de MEDILOR

Vaste sujet d'actualité répondant au "scandale" de la misère humaine

Car les nations évoluées s'attachent à assister les populations dans le besoin, en vertu de principes

- le droit à la vie,

- les droits de l'homme

- le maintien des relations d'État à État.

Les calamités et catastrophes font l'objet d'une médiatisation universelle : puissance de la communication, impact de l'image.

    les conflits inter-ethniques prennent une douloureuse extension.

    de nombreux pays connaissent la faillite sous une forme économique et/ou politique.

1 HISTORIQUE

Les missions humanitaires se sont effectuées d'abord dans le cadre d'actions militaires "Pro Patria et Humanitate " . Exemples :

- l'organisation et le fonctionnement de la Santé Publique dans l'ensemble des colonies françaises par le Service de Santé des Armées 

- la lutte contre les grandes endémies . YERSIN (bacille de la peste), Médecin de marine, est considéré par le VIETNAM actuel comme un "génie tutélaire".

Puis, après l'indépendance des pays anciennement colonisés, le relais sanitaire a été assuré par des organismes civils constitués de volontaires : les O.NG.(organismes non gouvernementaux), une trentaine en France, laïques ou d'inspiration religieuse.

Cependant, le retour des mouvements nationalistes, des conflits armés, des nombreuses situations de pauvreté à l'échelle des États, fait naître un concept nouveau : le devoir d'ingérence humanitaire, dont les principales nations revendiquent le droit. D'où la réorganisation des moyens d'assistance par l'intermédiaire de l'ONU ou par relations inter-états, et à nouveau appel à la structure militaire sous la forme de Soldats de la Paix. La ressource du volontariat est encadrée et ne peut être isolée dans la majorité des cas.

1.2. SITUATION ACTUELLE

Une doctrine d'intervention s'est établie, elle intéresse 5 domaines:

    - l'évacuation des ressortissants nationaux et la protection des établissements.

    - l'assistance aux populations civiles, en particulier le ravitaillement, la santé, les communications.

    - l'interposition militaro-humanitaire, type Somalie ou Kurdistan.

    - les secours apportés aux victimes de catastrophes naturelles: les tremblements de terre,

    - les missions de l'O.N.U., de l'O.M.S., au RWANDA, au CAMBODGE par exemple.

Elle se fixe 3 priorités :

    - l'aide à la formation des hommes

    - l'aide à l'équipement

    - l'aide au fonctionnement gestion et entretien des installations vitales pour la population.

D'où des tâches diverses pour ces missions médicales proprement dites, techniques, administratives.

Le sujet des missions humanitaires intéresse directement les "Médecins de catastrophe" en raison du nombre d'individus à secourir, de leur très grande diversité, des difficultés inhérentes à la situation, au pays lui-même, des questions posées par l'organisation des secours et leur meilleure efficacité.

L'expérience des médecins militaires peut être utile : ils ont été les initiateurs de l'assistance médicale dans tous les pays et ont montré leurs capacités en matière d'organisation et de soutien sanitaires : de l'engagement de l'Élément Médico-Militaire d'Intervention Rapide (E.M.M.I.R|), hôpital de campagne en alerte permanente, aux missions de la Bio-Force, système modulaire d'intervention en fonction de la mission.

1.3. CADRE DU SUJET :

Je centrerai l'exposé sur les conditions d 'exercice des missions humanitaires et, en particulier, sur l'HYGIÈNE, élément fondamental de leur existence sur le site. De trop nombreux exemples montrent la nécessité de rappeler ces notions d'hygiène banales, mais trop facilement négligées , en voici un parmi d'autres : en 1968, les armées françaises ont monté un hôpital pour enfants lors de la guerre du BIAFRA. Sur un effectif de 280, se sont déclarés en 17 mois 56 cas d'hépatite virale, soit 20 % du personnel 1 cas tous les 10 jours.

L'hygiène doit permettre de conserver les effectifs et de maintenir leur efficacité.

2. DEFlNlTl0N DE L'HYGIÈNE

Dans la mythologie grecque, HYGIE est la déesse de la santé son nom est associé à celui d'ESCULAPE, le guérisseur et de Panacée, patronne des médicaments.

Pour nous, l'hygiène se définit comme l'ensemble des mesures individuelles et collectives destinées à préserver la santé.

Comme l'exercice de la vertu, l'hygiène demande du courage et fait l'objet d'une lutte de tous les instants. A défaut, l'incapacité et la maladie en sont les sanctions.

L'hygiène s'éduque, se prépare, se vit. Pour les missions humanitaires, elle concerne autant le personnel que les victimes.

 

3 COMPOSANTES DE L'HYGIÈNE

3.1. PHYSIOLOGIQUES GÉNÉRALES

En premier lieu, l'hygiène repose sur le respect des impératifs physiologiques : activité - sommeil, rythme de vie - équilibre psychique et nerveux - alimentation, boisson - maintien de la température normale dans le froid, la chaleur, l'humidité, la sécheresse.

3.2 COMPOSANTES INDIVIDUELLES

Pour un Occidental, l'hygiène résulte, en temps normal, d'une action spontanée, inconsciente, voire réflexe: se laver les mains, le corps, se brosser les dents, se coiffer....

Elle s'est ancrée en chacun par l'éducation soins au "bébé", injonctions familiales, milieu scolaire, rituel militaire, milieu professionnel.

Elle est entretenue par des incitations médiatiques: publicités pour le savon, les lessives, la coiffure, propagande pour la marche, l'exercice physique, le sport "marcher c'est bon pour le cœur".

 

3.3. COMPOSANTES SOCIALES

Une notion connue: le niveau d'hygiène d'une population mesure son niveau de civilisation.

Un énorme effort social a déterminé ce niveau : 

    - alimentation en eau potable, et assainissement

    - habitat: eau courante, salles de bains, toilettes, lutte contre les souris, les rats, etc.--- 

    - énergie: chauffage, éclairage

    - alimentation : laboratoires de surveillance des viandes, des produits congelés, des points de distribution et de vente.

3.- COMPOSANTES COLLECTIVES

L'État réglemente tout ce qui touche à l'hygiène:l'eau, l'alimentation, l'habitat, le travail, l'environnement, la pollution.

Il prescrit les vaccinations obligatoires et même une action incitative pour les autres: la vaccination contre la variole a 2OO ans, contre la diphtérie, le tétanos: 100 ans, la typhoïde: 80 ans, la tuberculose 50 ans, depuis 30 ans: la polio, la coqueluche, la rougeole, la rubéole,15 ans sur la grippe, la méningite, moins

Le pays:.

    - sa situation géographique

    - son niveau de développement

    - ses communications : routes, téléphone

La mission:

    - séisme

    - épidémie

    - prophylaxie: campagnes de prévention: de vaccination

    - conflit armé avec exode massif de population: réfugiés

    - la population

        * concentrée ou éparpillée

        * évacuée ou réfugiée

        * ses habitudes, ses modes de vie, ses tabous religieux, alimentaires.

4.2. NATURE DES RISQUES

Tenant au terrain :

    -     altitude

    -    nature du sol, végétation

    -    eau potable, évacuation des eaux usées.

Tenant au climat, à la saison vent, poussière Influence sur :

    - l'équipement individuel : habillement

    - l'équipement collectif . hébergement

    - la protection passive: sable, insectes.

Tenant à la population :

    - accueil d'étrangers: bienvenue ou méfiance

    - politique locale : rôle des autorités

    - habitat: enfants, animaux

    - types d'occupation ou inactivité, femmes, enfants.

    - religion : interdits alimentaires, vestimentaires, le tabac, traitement des cadavres.

Tenant aux communications :

    - mission isolée près d' une population réduite.

    - regroupement massif des moyens et des victimes.

    - isolement, voire abandon d'une population, conflits internes, angoisses et peur.

    - nécessité pour la mission de conserver une entière liberté de manœuvre.

 Tenant à la pathologie locale :

    - affectant :

        * la peau : parasitoses, gale, érythrasma,

        * les yeux : conjonctivites, trachome

        * l'appareil digestif : vers intestinaux, dysenteries, amibiase

        * l'appareil respiratoire

        * les carences

        * le coup de chaleur, les gelures

        * les endémies : paludisme, fièvres, maladies infectieuses.

    - indices à rechercher ou observer: âge moyen des adultes, taux de mortalité infantile, niveau de propreté.

L'étude des risques orientera la protection individuelle et collective, notamment l'approvisionnement en eau potable et sa surveillance, l'alimentation, les abris, les installations (WC, élimination des déchets), l'équipement collectif, chaîne du froid ?

5. MOYENS D'ACTION

Sont de 3 ordres:

    - la préparation du personnel, à contrôler

    - la prévention des risques, à exécuter

    - la lutte pour l'hygiène, à organiser

5.1 LA PRÉPARATION DU PERSONNEL ET DU MATÉRIEL

- LE PERSONNEL

* Examen médical approfondi et régulier . albumine, soins dentaires

* Instruction permanente, rappel des impératifs de l'hygiène

* Information spécifique : nature des risques, moyens d'y remédier, traitements à apporter.

* Entretien des vaccinations de base BCG, DT polio, rubéole, grippe, hépatites A et B

* Vaccinations variables selon le pays : typhoïde, fièvre jaune, méningite, choléra, typhus.

* Prophylaxie antipaludéenne à commencer dès la mise en alerte

-

* Contrôler l'adéquation de l'équipement individuel et collectif: habillement, linge de rechange (lavages ? ), gants, lunettes, coiffure.

* Hébergement : abri sous tente ?, lits : moustiquaires indispensables (imprégnées si possible de K Othrine)

* Transport, emballages, encombrement, inventaires

* Stockage de l'eau potable

* Installations de toilettes, isolement, cuvettes, bac à douches, blocs sanitaires chimiques, lavage du linge.

* Cuisine lavage et désinfection des aliments, de la vaisselle Incinération des déchets, frigos.

* Outils . trousses, banales pelles, pioches, etc.

Noter l'impact sur la population d'une bonne organisation et d'une installation rapide et ordonnée.

LE RAVITAILLEMENT SPÉCIFIQUE :

* l'arsenal thérapeutique: inventaire, conditionnement.

* Les désinfectants : halazone pour l'eau potable, permanganate, cresyl, chlorure de chaux.

* les pulvérisateurs et les produits à pulvériser : proscrire les aérosols.

* les poudres antiparasites, les produits dermiques antimoustiques

* les savons de toilette, de lavage.

5.2. LES MESURES DE PRÉVENTION A EXÉCUTER SUR PLACE

Elles sont fonction des conditions locales. En fait ce sont des habitudes à prendre par conscience et respect de soi-même : la présentation, la tenue, la propreté, mais aussi en considération de la pathologie générale et locale.

- LA PRÉVENTION INDIVIDUELLE

* Soins de la peau: toilette quotidienne même sommaire, linge de corps.

* Soins du cuir chevelu : poux

* Soins des yeux: collyres, nettoyage des lentilles (à éviter)

* Danger des bains de rivière

* Boissons : toute eau doit être a priori considérée comme suspecte, donc réserves individuelles d'eau potable: thé par exemple.

- Danger de l'alcool pour l'équilibre psychique, les réflexes.

* Prévention du froid et des coups de chaleur

* Hygiène sexuelle

* Chimio-prophylaxie individuelle continue : paludisme, dysenteries.

 

- LA PRÉVENTION COLLECTIVE

Le choix du site de l'installation n'est pas toujours facile, souvent dicté par des impératifs locaux.

Mais:

* Éviter les fonds, les sols imperméables

* Se protéger des vents dominants

* S'éloigner des sources de pollution: groupements humains, animaux (fumiers), eaux stagnantes.

* Installer des provisions d'eau propre:

    - besoins : en eau de boisson 3 à 10 I/homme/jour, en eau de confort. 40 à 100 l/homme/j

* Isoler une cuisine et ses magasins d'alimentation :les garder.

* Se préoccuper des sanitaires: toilettes, WC

* Évacuer les eaux usées, par ruissellement dans des fossés, les eaux ménagères dans un collecteur

* Contrôler les fournitures de denrées, le lavage des légumes

* Se débarrasser des déchets (1 kg/homme/jour) par enfouissement ou incinération (fumées nauséabondes)

5 LA LUTTE POUR L'HYGIÈNE A ORGANISER ET A SURVEILLER

S'il s'agit d'abord d'une responsabilité individuelle, le maintien de l'hygiène relève également d'une organisation mise en place par l'autorité de la mission.

Elle comporte:

* La surveillance du personnel et le rappel des instructions sur son comportement.

* L'organisation d'une logistique de l'hygiène qui réclame du personnel et des moyens.

- Surveillance de l'équipement, des installations sanitaires, du ravitaillement, de l'alimentation, de l'eau potable.

- Lutte contre les rongeurs, les parasites, les mouches et les moustiques.

- Contrôle de l'hygiène individuelle, des opérations de désinfection, de l'évacuation des déchets, du respect des mesures de prévention,

- Le suivi des indicateurs de surveillance . fièvres, diarrhées, traumatismes, infections cutanées.

- La pratique systématique des visites médicales : prophylaxie antipaludéenne doit être poursuivie après le retour.

EN CONCLUSION

Les médecins et le personnel de santé peuvent être amenés à exercer leurs activités:

* dans n'importe quel pays des cinq continents

* dans diverses organisations structurées ou non, publiques ou privées

* dans des conditions très variées, mais toujours difficiles au milieu de populations traumatisées.

Leur succès dépendra d'abord de la conservation de leur santé par:

- l'observation des règles de l'hygiène

- le souci de leur dignité et de leur responsabilité, qui peut se trouver en conflit avec leur motivation propre et les conditions de travail.

- leur équilibre et leur conscience d'éviter tout glissement vers la négligence.

Il dépendra également du soin apporté à la préparation du personnel, du matériel et des moyens : une mission ne peut être improvisée.

Il dépendra enfin d'une bonne organisation dans laquelle se rejoignent l'autorité, la discipline, la compétence, les relations humaines: c'est-à-dire qu'une mission, quelle que soit sa taille, doit être commandée.

Tous les témoignages concordent, ceux de BOSNIE, de SARAJEVO, de SOMALIE, du RWANDA, où ont été montées de grandes opérations humanitaires, civiles et militaires : la bonne volonté, la réponse immédiate aux appels au secours ne suffisent pas à assurer la bonne marche d'une mission et son efficacité. Il faut y ajouter l'organisation, le savoir, la pratique, le respect de l'autorité et, face aux désastres, le sang-froid et la conscience de la dignité des Personnes.