MEDILOR INFOS numéro 1

Editorial :

Vous avez entre les mains le numéro 1 de MEDILOR-INFO.

Encore un journal ! Ils font comme tout le monde, direz-vous. Eh oui !

Il est essentiel que vous puissiez avoir des nouvelles régulièrement d'une association que vous soutenez et qui ne peut vivre que grâce à vos dons.

UN PEU D'HISTOIRE :

Le 15 décembre 1990, un groupe de médecins, pharmaciens, infirmiers et d'autres responsables lorrains, TOUS BENEVOLES ont créé MEDILOR.

Notre objectif : porter une assistance médicale efficace, immédiate à des populations sinistrées dans le monde entier.

Nous étions partis d'une constatation simple : lors de chaque catastrophe, le nombre de victimes est aggravé très rapidement par des décès dus à des maladies. Il y a donc là un champ d'action original qui peut, à moindres coûts, être très efficace. Nous avons décidé de relever, avec votre aide à tous, de relever ce formidable DEFI.

Dans le créneau que nous nous sommes fixé, nous avons défini 2 principes :

- être souples et rapides : nous sommes constitués en TRINÔMES (1 médecin, 1 infirmier(e), 1 logisticien), capables d'être mis en alerte très rapidement (12 à 24 h.), un départ étant toujours constitué de 2 à plusieurs trinômes.

- être autonomes sur le terrain : nous emportons notre hébergement, notre nourriture, de quoi fabriquer de l'eau potable et surtout une grande quantité de médicaments pour pouvoir soigner de 2000 à 5000 personnes en 10 jours.

Durant le premier semestre 91, nous avons acquis le matériel de base nécessaire pour être opérationnels et débuté la formation.

Et nous avons effectué notre première mission lors du tremblement de terre d'Erzincan, à l'est de la Turquie, en mars 92. D'autres missions ont suivi, entrecoupées de nombreuses alertes (Nicaragua, Le Caire, Indonésie) car les pays touchés par les catastrophes n'acceptent pas toujours l'aide étrangère.

L'année 1993 s'est soldée par 2 missions :

- en avril 93, à Mostar, en Bosnie Herzégovine, où nous avons apporté une aide technique aux médecins locaux.

- en octobre 93, à Latur (Inde).

C'est cette mission qui vous est relaté dans les pages intérieures de ce journal.

En 1994, tout récemment, nous avons fait une mission en Colombie. Cette opération, accompagnée de photos, fera l'objet du numéro suivant.

Nous espérons que ce premier numéro, tout simple, vous fera cependant plaisir, et nous sommes tout prêt à accueillir vos remarques, vos suggestions et votre courrier pour que ce journal soit aussi le vôtre.

CAR, SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE !

Encore merci pour votre aide,

Docteur Pierre WOLFF, président de MEDILOR.

LA TERRE TREMBLE EN INDE

La phase de mise en place fut de courte durée, nous permettant d'être prêts dès que les autorisations de l'Etat indien furent obtenues (19 h. 45 vendredi).

L'équipe de MEDILOR composée de 5 médecins (les docteurs WOLFF, HIPPERT, FLORSCH, CORTELLI, BOITEUX), de 3 infirmières (mesdames GIROSSIER et PUSSINI, monsieur LABOUHEURE) de 4 logisticiens (messieurs BECHLER, KUBICK, REGNIER, MARNIER), d'un interprète "JOY",(prêtre indien en stage à Metz, et d'un cameramen embarquent le samedi à 18 h. 50, soit moins de 24 heures après confirmation de notre aide par l'Etat indien avec ses deux tonnes de matériel.

Après un voyage laborieux (arrivée à Kilari, épicentre du séisme à 20 h. 30 le dimanche soir), l'équipe de MEDILOR accompagnée du chien et de 10 membres du DICAF (Détachement d'intervention catastrophe et formation) ainsi que de 14 membres de SSF (Secouristes sans frontières) dut se résoudre à passer une seconde nuit assis dans le car. Le matériel acheminé par la route n'est arrivé sur place que le lundi après midi.

Dans la matinée du lundi 4 octobre, les équipes de sauvetage déblaiement se mirent au travail avec leur chien Mabrouck et Attila et découvrirent la petite Priyanka, 18 mois, sous plus de deux mètres de terre. Cette enfant avait bénéficié d'une protection et d'une petite arrivée d'air par une tôle ondulée repliée, qui créait une poche de survie. Comme il avait beaucoup plu pendant les deux jours suivant le séisme (c'est la mousson en Inde) il s'était formé une croûte humide et fraîche qui a empêché la déshydratation. Redoutant le blocage rénal induit par le CRUSCH (syndrome d'écrasement), l'équipe MEDILOR demanda une évacuation sanitaire sur Bombay pour une éventuelle dialyse rénale. Ceci ne fut pas accepté par les autorités qui ne voulaient pas laisser apparaître le sous-équipement local.

Après l'euphorie induite par la découverte de l'enfant vivant, les chiens se mirent à "déprimer", ne trouvant plus que des cadavres dans un contexte d'odeurs trop fortes pour leur odorat sensible (odeurs de cadavres en décomposition et de corps brûlés par les moyens du bord, bois ou kérosène). Il est à noter que seule la combustion des corps permet, dans la religion de ces populations, de sauvegarder les âmes qui pourront ainsi se réincarner.

Les membres de MEDILOR se concentrèrent essentiellement sur trois actions :

L'acheminement du camp aux dispensaires était toujours très long. Quatre heures par jour en moyenne pour quatre voyages, en raison de la désorganisation des moyens de liaison routière et des encombrements provoqués par le séisme.

La pathologie rencontrée fut évolutive : les deux premiers jours, les lésions cutanées et traumatiques (abcès, œdèmes de compression) furent les plus nombreuses, puis apparurent les infections pulmonaires par inhalation de poussières lors de l'effondrement des maisons. De façon constante, il faut souligner l'égarement mental de ces victimes de séisme qui errent hagards et sans réaction entre les maisons effondrées.

La journée MEDILOR s'organisait ainsi :

Le retour vers Bombay eut lieu entre le vendredi 8 et le samedi 9 octobre par la route soit 17 h. de car pour 500 km Depuis Kilari, sur des chemins épouvantables (nous ne vimes pas moins de huit accidents de poids lourds dont plusieurs mortels).

A Bombay, nous fumes accueillis par monsieur Metha, généreux mécène aux services des pauvres de son pays et qui assura lors de cette mission la logistique sur le terrain (véhicules pour déplacements locaux plus ou moins longs). Une réception en notre honneur fut organisée le samedi soir à Bombay. Une décoration fut remise à chacun des sauveteurs qui œuvrèrent sur le terrain de ce séisme dévastateur ( 35 "villages" concernés, comptant chacun 20 à 30 000 habitants, 50% des populations mortes ou disparues…).

Le retour s'effectua sans encombre jusqu'à Francfort où il fallut changer un réacteur du 747 d'Air India…. retardant notre arrivée à Paris de 16 h. 30 (heure à laquelle deux ministres et les médias étaient censés nous accueillir à 22 heures).

C'est avec cette amertume au cœur qu'il fallut dédouaner la tonne de matériel que nous avons ramenée (tentes, cantines, groupe électrogène, matériel radio, matériel de purification de l'eau…)

Pour MEDILOR, la différence entre le fret aller et retour correspond à ce qui a été consommé sur place (médicaments, pansements, rations alimentaires).

Ce n'est que le dimanche 10 octobre à 5 heures du matin, sans avoir pu dormir, que les membres de l'équipe retrouvèrent leur foyer.

Cette expérience, que j'ai voulu vous faire vivre restera inoubliable pour tous ceux qui ont participé à cette mission. Cette aventure humanitaire nous a marqués et nous pousse à persévérer pour faire vivre et grandir MEDILOR.

Dr. Jean Luc BOITEUX

JUIN 1994 : COLOMBIE

C'est à l'aube du 10 juin 1994 que l'équipe de MEDILOR s'est envolée vers Bogota pour apporter une aide française aux populations sinistrées de la région de La Plata, suite à un séisme d'une magnitude de 6.5° sur l'échelle de Richter, survenu le 6 juin 1994.

Composée de 4 médecins (les docteurs Bloch, Boiteux, Brulliard et Wolff), de 3 infirmiers (mesdames Fargon et Deblaise, monsieur Bolot), de 4 logisticiens (messieurs Geisert, Medic, Kubick D., Marmier), d'un interprète (Campo-Torres) et accompagnés de 4 membres de la sécurité civile, le personnel est opérationnel sur le terrain le 11 juin au matin.

Durant cette mission et grâce aux hélicoptères mis à leur disposition par l'armée colombienne, MEDILOR portera secours aux indiens Paes dans leurs villages situés à haute altitude en acheminant hommes et matériel vers Guadudlejo, Puerto de Valencia, Tagaima et Mesa de Tagaima.

Un véritable dispensaire fut installé au collège de San Sebastian où nombre de réfugiés fuyant les montagnes incertaines, furent examinés et soignés.

Au terme de cette mission, émaillée d'héliportages massifs, d'incidents techniques et de caprices météorologiques, plus de 1200 personnes ont bénéficié de l'aide de MEDILOR, seule équipe médicale étrangère présente en Colombie.

Reportage complet dans le prochain numéro.

LE MOT DU TRESORIER : Christian REGNIER

Petite association, d'une soixantaine de membres actifs (pour plus de souplesse et de rapidité d'intervention, moins de 36 heures après la mise en alerte), MEDILOR a décidé d'informer les donateurs et ses amis sur ses activités et, par soucis de transparence, de leur rendre compte de ses ressources et dépenses.

Nos trois missions, sur le plan financier, sont très différentes les unes des autres.

En effet :

  • La mission "TURQUIE 92" a été prise en charge en grande partie par les autorités turques, notamment au niveau du transport.
  • Le budget de la mission "Bosnie" a été de 42 000 F réparti comme suit :

Matériel médical et vaccins : 32 000 F

Transport : 8 000 F

Nourriture et hébergement : 2 000 F

  • En octobre 93, MEDILOR engageait la mission Inde. Plus de 1000 personnes soignées avec un budget total de 160 000 F répartis ainsi :

Matériel médical et médicaments : 100 000 F

Transport (billets avion et fret) : 50 000 F

Nourriture et divers : 10 000 F

Une partie de la nourriture a été distribuée aux enfants et des médicaments aux médecins indiens.

Le coût de fonctionnement hors mission de MEDILOR est inférieur à 5000 F par an, tous les membres étant bénévoles.

S'ils paraissent modestes aux yeux de certains, ces chiffres nécessitent un effort important de la part des membres pour collecter les dons afin d'assumer leur devoir d'assistance aux niveaux des plus démunis.

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