MEDILOR INFO Numéro 2

 

Editorial :

Il y a 4 mois, en présentation du premier numéro de MEDILOR-INFO, je vous écrivais :

SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE !

En effet, sans votre soutien financier et surtout moral, nous ne pouvons pas intervenir. Vous nous avez aidé par vos dons et aussi par les mots souvent très touchants qui y étaient joints. Aussi je suis très heureux de pouvoir vous dire aujourd'hui :

AVEC VOS DONS, NOUS AVONS FAIT !

Dans ce numéro, vous trouverez le compte-rendu de 2 missions, 2 missions de tonalité très différente :

Dans les deux cas, des hommes ont souffert. Et pour nous, les deux interventions ont été aussi importantes.

Car, à chaque fois, il a fallu réunir le personnel, compléter nos lots de médicaments en urgence pour s'adapter à la situation.

En même temps, débute la recherche d'un avion pour se rendre sur place (il nous a fallu 16 jours pour trouver de la place pour l'équipe qui se rendait au Rwanda !)

A l'arrivée sur place, il faut le plus rapidement possible s'adapter aux conditions climatiques, médicales et diplomatiques.

Les journées, épuisantes, défilent à toute vitesse, mais on a la joie du sourire de la personne que l'on soigne.

Dans les 2 cas, les bilans sont éloquents :

Colombie:

1200 personnes soignées en dispensaire, plus de 500 dans les villages, plusieurs milliers "triés" à leur descente d'hélicoptère.

Rwanda:

3000 consultations, 1907 journées d'hospitalisation.

Et ces résultats ont été obtenus avec un budget qui aux yeux de certains semble ridicule.

Dans le dernier numéro, nous avions commencé à vous donner les chiffres de nos précédentes missions et nous nous étions engagés à continuer à le faire.

Je vous donne donc le budget des deux dernières interventions :

Colombie: 160 000 francs
Rwanda: 100 000 francs.

Ces dépenses ont été couvertes en partie par vos dons et par les recettes des soirées débat organisées depuis septembre. Nous espérons équilibrer rapidement notre trésorerie afin de pouvoir être prêts à faire de nouvelles missions.

Aussi, je me permets à nouveau de faire appel à votre générosité, car

SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE !

Docteur Pierre WOLFF, président de MEDILOR.

COULEES DE BOUE EN COLOMBIE

Suite au séisme d'amplitude 6,5 qui secoua la Colombie le 6 juin 1994, douze membres du Medilor sont dépêchés sur place le 10 juin ; il s'agit de Pierre WOLFF, Jean Marc BLOCH, Jean Luc BOITEUX, Marc BRULLIARD, Jacqueline FARGEON, Ghislaine DELAISE, Patrick BOLOT, Didier KUBICK, Manuel MARMIER, Jean-Jacques GEISERT, Michel MEDIC et Antonio CAMPOS-TORRES.

Hommes et matériel rejoindront LA PLATA, région montagneuse où des vallées entières, habitées par des indiens Paès, furent submergées par des coulées de boue.

Toute l'équipe sera confrontée à des problèmes de langue, de transport, aux dangers de la guérilla, aux conditions météo difficiles ainsi qu'au maniement hasardeux des armes par les Colombiens.

Cependant le moral des trinômes de Médilor n'est pas entamé et durant 6 jours, plus de 2500 indiens seront examinés et traités. Un véritable dispensaire est installé au collège de SAN SEBASTIAN où les consultations se succèdent à un rythme très soutenu.

Des équipes sont transportées dans des villages d'accès parfois difficile : les routes, partiellement détruites, obligent à porter le matériel et les médicaments sur plusieurs km.

Médecins et infirmiers examinent et soignent sans se soucier de la gestion assurée par les logisticiens indispensables sur le terrain.

Les pathologies rencontrées sont traumatiques et infectieuses (fractures, plaies cutanées, abcès), liées aux déplacements des populations (pathologies O.R.L., désorientation, stress, coups de chaleur, céphalées) et aux regroupements en camp (problèmes d'hygiène, de promiscuité, d'alimentation) ; ces pathologies ont concerné surtout les femmes et les enfants car beaucoup d'hommes ont, semble-t-il, refusé de quitter les villages.

Le vendredi 17 juin, après le démontage du camp, le reconditionnement du matériel pour le voyage et la distribution des médicaments restants aux œuvres caritatives locales, l'équipe de Médilor quitte la Colombie.

Après une escale à BOGOTA où une conférence de presse aura lieu avec les journalistes colombiens, les membres de MEDILOR retrouvent le sol français le dimanche 19 juin au matin, épuisés mais heureux d'avoir su prouver à nouveau leur efficacité en apportant rapidement soins et réconfort à cette population colombienne en détresse.

MISSION RWANDA

Le 11 août 1994, une équipe MEDILOR part pour le RWANDA.

Mission : assurer la relève de l'Elément Médical Militaire d'Intervention Rapide (EMMIR) à CYANGUGU. Pour ce faire, nous savons que nous avons rendez-vous à Istres avec un médecin d'HSF, Philippe D. et un détachement du DICAF comprenant d'autres médecins, infirmiers et logisticiens.

Arrivés à Istres, nous apprenons que les médecins DICAF ne seront pas là, et le lendemain matin à 8 H 30, nous embarquons dans un avion Transall de l'Armée de l'Air française.

L'avion, surchargé au départ, est obligé de ravitailler en vol pour rejoindre BANGUI… un petit exercice de précision pour les pilotes, une manœuvre impressionnante pour nous ! Les 11 H 30 de vol sont déjà oubliées lorsque, après le repas du soir, les 3 équipes s'organisent.

A CYANGUGU, il s'agit de réhabiliter le centre de soins Saint François sauvé des pillards quelques jours plus tôt, pour en faire un hôpital capable de recevoir l'ensemble des patients de l'EMMIR toujours en place sur le terrain.

Avant leur départ, les militaires vont laisser sur place une dizaine de tentes, un bloc chirurgical, 7 tonnes de médicaments, l'approvisionnement en eau dans des citernes souples ainsi que du matériel divers.

Profitant de cette aubaine, en deux jours, nos équipes réussiront à nettoyer, désinfecter et organiser les locaux de cet hôpital pour assurer les services suivants :

Centre de consultation recevant plus de 300 patients par jour.

Hôpital cloisonné en services : Service médecine générale, service chirurgie, bloc opératoire et création de salles destinées à la réanimation, service pédiatrie, service maternité.

Le Docteur Philippe D. avec l'aide précieuse de Albert LABOUHEURE coordonnent l'ensemble des responsabilités sur le plan médical. Les infirmiers organisent un service de garde de nuit pour assurer la permanence des soins.

Les logisticiens assurent toute la maintenance technique : approvisionnement en eau et en courant électrique, rangement et réorganisation de la pharmacie, distribution des médicaments et du matériel nécessaire à l'hôpital, répartition des tâches de nettoyage et de préparation des repas pour tous les malades et le personnel rwandais…

Jean Claude RENAUDIN organise la coordination avec le Haut Comité des Réfugiés, les ONG locales et le nouveau pouvoir administratif de CYANGUGU, afin de sécuriser le personnel en vue du départ des troupes françaises le 21 août.

La cohésion exceptionnelle entre les trois ONG a permis de réaliser un travail important comprenant en 11 jours de présence plus de 3000 consultations dont 35 % en pédiatrie.

Le jour de notre départ, les 133 lits occupés se répartissent comme suit : médecine générale : 44 lits, Chirurgie : 53 lits, Pédiatrie : 26 lits, Maternité : 10 lits (parmi les naissances : le premier prénommé François et le dernier une prématurée, prénommée MEDILOR à la demande des parents). Le bilan fait ressortir 1907 journées d'hospitalisation.

Pour des raisons de sécurité, nous n'avons pas pu assurer une relève comme prévu initialement. Cependant, tout a été mis en œuvre dans les derniers jours pour favoriser les relations entre les ONG locales et le personnel rwandais afin que la continuité soit assurée au mieux.

Comme en témoigne GASPARD, un patient rwandais : "avec l'action humanitaire française, la vie reprend peu à peu son sens au RWANDA".

Richard BECHLER

 

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