MEDILOR INFOS numéro 4

Editorial :

Vous avez devant vous le 4ème numéro de MEDILOR INFO. L'année 96 aura été une année calme, difficile et enrichissante.

Année calme : peu de catastrophes naturelles, catastrophes qui auraient permis notre intervention de façon efficace, comme nous l'avons toujours recherché. Ce début d'année a été mis à profit pour parfaire notre formation ( 2 à 3 week-ends y sont consacrés chaque année) et améliorer notre logistique. Année difficile sur le plan international : les possibilités d'intervention, quand elles existent sont presque toujours contrariées par des conflits armés. La situation actuelle au Zaïre en est malheureusement la confirmation. Année difficile sur le plan de la confiance des donateurs dans les associations humanitaires. Les scandales lus dans la presse ont entraîné une chute importante des dons.
Année difficile sur le plan économique : il est dur d'aider financièrement quand ses revenus diminuent. La progression de la précarité nous interpelle tous. Année enrichissante : car malgré tous ces éléments négatifs, nous avons pu faire une mission au Burkina Faso, dans le cadre de la lutte contre la méningite qui touchait ce pays. Vous trouverez donc dans ce numéro un compte-rendu de cette mission, ainsi qu'une information sur le problème de l'approvisionnement en eau potable et sur la solution apportée par MEDILOR. Nous vous donnerons aussi des informations précises sur notre comptabilité. La transparence a toujours été notre souci depuis le début. Cette fois-ci, nos trésoriers sont partis de l'exemple de la mission du Burkina pour vous présenter notre budget, poste par poste. Nous tenons aussi à remercier la région Lorraine qui nous a aidés financièrement, reconnaissant notre efficacité lors des missions précédentes et le sérieux de notre gestion. Mais leur dotation ne dépassera jamais la moitié du prix d'une mission. Nous avons donc toujours besoin de vous, car

 SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE.

Pour conclure, permettez moi, en mon nom et au nom de tous les membres, de vous présenter nos meilleurs voeux de bonheur, de santé et de réussite pour l'année à venir. N'hésitez pas à venir nous voir lors de réunions publiques ou de nous contacter sur notre serveur Minitel au 03.87.65.37.85 Et encore, merci !

Docteur Pierre WOLFF,  président de MEDILOR.


MISSION BURKINA FASO Mai 96




Début avril 96, nous avons appris que les pays de l'Afrique de l'Ouest étaient atteints par une épidémie de méningite cérébro-spinale (MCS) d'une importance in-habituelle. En effet, chaque an-née, lors de la saison sèche, des cas de MCS apparaissent puis disparaissent avec le début de la saison des pluies. Cette année, l'épidémie a été la plus importante depuis 15 ans.

Devant l'ampleur de cette "catastrophe" infectieuse, MEDILOR a décidé de monter une mission de vaccinations, afin de venir en aide aux services médicaux sur le terrain non seulement en fournissant des vaccins, mais surtout en envoyant du personnel médical capable de les faire.

Cette opération a demandé plus d'un mois de préparation:

- choix du pays: le Burkina Faso vu l'importance de l'épidémie; de plus c'est un pays francophone.

- nécessité de vacciner le personnel de la mission (délai de 3 semaines).

- difficulté de trouver une grande quantité de vaccins (il existe seulement 3 fabricants au monde).

- gros problèmes de logistique: surtout le problème de la chaîne du froid (il n'est pas facile de transporter des vaccins à 4° C quand la température extérieure dépasse les 47 ° C à l'ombre !), organisation d'une mission en 2 groupes autonomes, itinérants, avec tous les problèmes de transport et d'approvisionnement en eau.

En 1 mois, nous sommes arrivés à trouver 20 000 doses de vaccins, et à monter un programme cohérent avec les autorités locales, programme établi par téléphone et fax avec des gens qui ne nous connaissaient pas.

Le lundi 6 mai, 5 trinômes décollent de Roissy pour Ouagadougou. Le choc thermique à l'arrivée sera rude: température extérieure supérieure à 40 °C. Après 48 heures de palabres africains et de tracasseries administratives (proverbe local: " les européens ont la montre, les africains ont le temps"), le groupe se divise en 2 équipes. L'une rejoint le sud, vers le Togo, dans la région de Tenkodogo. La seconde monte dans le nord, au Sahel, à Dori.

Pendant presque 15 jours, les journées démarreront au lever du soleil afin de bénéficier de la "relative" fraîcheur pour rouler et rejoindre le village ou le marché, lieu de notre vaccination. A l'abri d'un manguier ou d'un toit de paillote, les vaccinations se dérouleront jusqu'au soir, et parfois tard dans la nuit.

Nous avons apprécié l'accueil et la compétence des médecins et des infirmiers du service de Médecine Préventive burkinabé qui nous ont accompagnés et avec lesquels nous avons travaillé en parfait accord. Ils ont d'abord été étonnés de notre présence car c'était la première fois pour ces équipes que des médecins et infirmiers étrangers venaient au coeur de l'épidémie pour les aider à vacciner.

Notre présence a été aussi pour nous l'occasion d'insister sur les mesures d'hygiène (conteneurs pour les seringues et aiguilles, usage unique, prévention des maladies transmissibles.).

La mission a eu aussi 2 pôles complémentaires:

- une formation à l'utilisation d'un appareil d'échographie à l'hôpital de Tenkodogo, mission imprévue qui a été assurée par l'un des médecins de l'équipe,

- la mise en oeuvre d'une station de traitement de l’eau (voir article suivant) au moment où au Nord débutait une épidémie de choléra.

Le bilan humain de cette mission très éprouvante physiquement a été très positif: cette opération coup de poing a permis d'aider à enrayer l'épidémie de MCS dans les 2 provinces.

Le bilan de cette épidémie fait état de plus 10000 décès en milieu hospitalier, ce qui veut dire environ 4 fois plus de morts au total, les patients atteints étant le plus souvent soignés sur place dans leur village.

Notre objectif de 20 000 doses de vaccins a été atteint.


MEDILOR ET UNE HISTOIRE D’EAU



La potabilité de l’eau devient un problème aigu en cette fin de XX ème siècle. Dans le monde développé, pas une journée ne se passe sans que l’ on parle de pollution ; Ces pollutions sont essentiellement de deux types : chimique et bactériologique.

La première a tendance à se diluer avec le débit, la seconde à tendance à croître avec le temps et la température de l’ eau. Cette dernière notion a beaucoup d’importance surtout dans les pays chauds où les eaux stagnantes sont à des températures élevées. Les points d’ eau , en Afrique par exemple, sont peu nombreux ; ils servent à la fois aux hommes et aux animaux. Le plus souvent, les puits sont souillés par les déjections qui s’infiltrent et contaminent les nappes phréatiques en surface. Les ONG et les échanges d’ États à États fournissent des moyens de pomper l’ eau mais très peu de moyens d’ épurer ce précieux liquide.

MEDILOR s’ est donc penché sur ce problème et a mis au point avec l’ aide d’ une petite entreprise, PLIMETAL à Chaux la Lotière (70), une station de traitement de l’ eau. Un prototype fonctionne avec succès au Burkina-Fasso depuis mai 96. Les résultats des analyses effectuées sont très encourageants et nous incitent à poursuivre nos efforts de recherche et de rationalisation de la station (diminution des poids car le fret aérien est très onéreux, miniaturisation pour faciliter le transport sur place, amélioration du rendement actuel qui est d’ environ 1 mètre cube/heure, diminution des coûts de production pour la fabrication de petites séries...).

L’ eau de boisson possède donc des qualités chimiques : elles ne doivent pas être troubles (défini par la turbidité qui doit être inférieure à 1 NTU sachant que l’ eau de rivière en crue est aux environs de 100NTU) ; ce trouble est dû à la présence dans l’ eau de particules plus où moins grosses en suspension. Pour obtenir une réduction de cette turbidité, deux séquences sont nécessaires :

la première consiste à floculer les éléments en suspension grâce à un agent tensioactif qui va agglomérer les particules et provoquer leur sédimentation au fond du récipient.

La deuxième consiste à filtrer l’ eau floculée. Il faut noter que ce traitement ne peut être opérant sur les éléments chimiques dissous tels les nitrates, mais ce n’ est pas un problème crucial en zone tropicale.

L’ eau de boisson possède également des qualités bactériologiques ; la norme de ces eaux n’ autorise pas la présence de témoins de contamination fécale (microbes particuliers). Les moyens les plus utilisés actuellement sont : la chloration par adjonction d’eau de Javel pour l’ eau qui doit être consommée rapidement, et les traitements par sels d’ argent pour l’ eau à conserver.

Il est à noter que les larves de certains parasites sont retenues par la filtration, que les virus ne peuvent être détruits par des moyens simples.

La station prototype qui fonctionne très bien nous encourage à continuer les recherches pour avoir " une corde de plus à notre arc ". Sa simplicité de mise en œuvre est un garant d’ utilisation sur le terrain.

Dr. Jean-Luc BOITEUX


Le budget d'une mission MEDILOR

Depuis plusieurs années déjà, notre Association réalise des missions de médecine de catastrophe dans les différents continents de notre terre. La mission de vaccination réalisée au BURKINA FASO en Mai 1996 entièrement gérée par notre association a un budget réparti comme suit : Les grands postes de dépenses d'une mission sont les médicaments et le transport.. De plus , le budget de nos missions consomme 96 % du budget total de notre Association. En effet, grâce au bénévolat des membres de l'association et aux nombreux dons que vous nous faites parvenir, notre association possède un équipement spécialisé pour favoriser les départs en missions. Le matériel laissé sur place, la nourriture et les médicaments sont renouvelés dès le retour d'une mission afin d'être prêt pour un prochain départ. Chaque mission est présentée lors de réunions organisées dans les différents points de notre région et un Médilor Info est élaboré. Ces deux vecteurs de communication sont le moyen de sensibiliser les donateurs qui bien souvent connaissent parfaitement notre fonctionnement et notre but. Vous êtes plus de 600 à nous aider régulièrement et vos dons représentent plus de 80 % de nos recettes. Quelques municipalités ont accepté de nous aider en prévoyant une petite subvention pour MEDILOR . Toutefois, comme le montre le document ci-dessous, le financement de la mission BURKINA FASO a été assuré pour une moitié par la Région Lorraine .En finançant à hauteur de 50 % notre dernière mission, c'est à vous, généreux donateurs, que la région Lorraine accorde sa confiance. Merci de votre contribution pour compléter ce financement.

 

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