MEDILOR INFOS numéro 5

Editorial :

Pour la cinquième fois, je m'adresse à vous. Cette année n'a pas permis de faire de mission d'urgence. Mais nous sommes toujours prêts à partir dans les 48 heures. Cette disponibilité a été vérifiée à plusieurs reprises avec 9 alertes qui à chaque fois ont mobilisé l'ensemble des membres : contacts diplomatiques, alerte des membres, mise en œuvre de la BASE ARRIERE. Ces alertes n'ont pas abouti pour plusieurs raisons :

- les autorités du pays, après un accord préalable, ont refusé au dernier moment, fermant leurs frontières (Japon, Mexique, Congo Brazzaville...).

- après contact avec des médecins sur le terrain, nous nous apercevons que la catastrophe n'est pas aussi importante que cela avait été annoncé au départ. Dans ces cas, c'est nous qui annulons, pour ne pas engager de dépenses inutiles.

- parfois il n'est pas possible de se rendre sur les lieux dans un temps suffisamment bref (voyages par bateau ou à pied nécessaire par exemple) (ouragan en Indonésie, tremblement de terre au Tibet).

- à deux reprises cette année, c'est le quai d'Orsay qui nous a déconseillé de nous rendre dans le pays pour des motifs de sécurité : tremblement de terre en Iran par exemple, où nous avons été la seule équipe européenne autorisée, mais nous avons appris qu'un jugement du gouvernement allemand devait être rendu la semaine suivante, d'où des problèmes possibles pour notre sécurité.

Par ailleurs, le changement de majorité politique en France en juin 97 nous a handicapé car le ministère de l'action humanitaire a été supprimé, les responsables au Quai d'Orsay ont changé et il a fallu se faire à nouveau connaître et reconnaître.

Les membres de MEDILOR ont cependant participé cet hiver, qui fut rigoureux, à la médicalisation du bus des Restos du Cœur, en apportant notre concours et surtout en nous mettant à l'écoute des plus démunis.

Dans ce numéro, il n'y aura donc pas de compte-rendu de mission. J'en profite pour laisser la parole aux "TRAVAILLEURS DE L'OMBRE", à ceux que vous ne voyez jamais dans nos films, ce sont ceux qui composent la BASE ARRIERE.

SANS EUX ET SANS VOUS, chers donateurs, NOUS NE POUVONT RIEN FAIRE.

                                                                                                                                             Docteur Pierre WOLFF

                                                                                                                                             Président de MEDILOR.

LE PHARMACIEN

Le rôle habituellement reconnu du pharmacien est essentiellement celui de la distribution du médicament dans une pharmacie ou à l'hôpital.

Pourtant derrière cette compétence se cachent bien d'autres attributions et fonctions méconnues du grand public. Sans passer en revue toutes les facettes de la profession, nous citerons simplement deux activités du pharmacien : la gestion du stock des médicaments et la prévention sanitaire. Ces deux fonctions paraissent bien différentes, et pourtant elles justifient avec la délivrance du médicament la présence d'un pharmacien au sein d'une organisation humanitaire comme Médilor.

Les pharmaciens auront au sein de l'association des responsabilités multiples et variées :

- en soutien logistique : avant la mission ou pendant une intervention extérieure, en leur qualité de co-opérationnel, ils organisent et gèrent les stocks de médicaments en liaison avec les médecins. Le stockage

doit être réalisé dans un local habilité, sous la responsabilité d'un pharmacien, comme l'exige la loi.

- ils participent aux informations de prévention sanitaire destinée aux membres de Médilor en partance pour une mission : vaccinations, parasitologie, purification de l'eau etc...

- en mission, sur le terrain, ils organisent la distribution des médicaments, en veillant particulièrement à leur bonne conservation. Ainsi en pays chaud, le respect de la chaîne du froid pour les vaccins doit être une préoccupation constante.

Cette évocation du rôle du pharmacien n'est pas exhaustive. D'autres fonctions peuvent lui être confiées comme la gestion du matériel chirurgical, sa désinfection en intervention, la préparation des médicaments avant leur administration en dispensaire...

Benoît BEAUDOUIN.

LE SECRETAIRE GENERAL

La tâche administrative principale du secrétaire est la gestion du fichier des membres de l’association. La mise à jour du fichier informatique est en effet centralisée, son actualisation permet au responsable de l’alerte de constituer très rapidement un groupe avec des membres à jour de leurs vaccins et disposant d’un passeport valide.

Une part importante de la documentation du fichier concerne l’inscription des nouveaux membres.

MEDILOR intéresse régulièrement des personnes désirant partager notre action.

Depuis la demande de renseignement jusqu’à la constitution du dossier d’inscription, le secrétaire en relation avec le responsable local va assurer les contacts nécessaires par courrier ou par téléphone. Dans le cadre du conseil d’administration de l’association le secrétaire est par définition le " scribe " des débats et des décisions prises au cours des réunions mensuelles.

Il en est de même, bien entendu, pour l’assemblée générale et les journées de formation.

Le secrétaire ne passe pas, heureusement, tout son temps à écrire. Bien que n’étant pas opérationnel pour une

éventuelle mission, il participe autant que faire se peut aux travaux annexes sur la base messine en aide-logisticien pour le rangement du matériel, par exemple.

Avec les autres membres co-opérationnels le secrétaire assure parfois l’accompagnement ou l’accueil à l’aéroport des groupes en départ ou en retour de mission. Des moments forts qui méritent d’être partagés.

Jean Paul GIROSSIER

 

LE RESPONSABLE MATERIEL

Parmi les logisticiens, certains ne partent jamais en mission. Ils sont pourtant indispensables.

Avant le départ : suivant la nature de la mission, ils vérifient et préparent le matériel collectif : mise en caisse, inventaire pour les documents douaniers, colisage sur palette. La préparation d'une réserve d'eau pour 2 jours est un acte important. Ils distribuent à chaque membre le matériel personnel (sac, veste, radio...). ils participent aussi au transport jusqu'au lieu de départ et aux formalités nombreuses que représentent l'enregistrement de plusieurs tonnes de matériel.

Après la mission : il faut rapatrier le matériel depuis l'aéroport de retour, et puis rapidement le nettoyer, le faire sécher (tentes) et le désinfecter (appareils de traitement de l'eau). tout le matériel est inspecté et inventorié (bon état ou défectueux à remplacer)

Entre les missions : ils assurent l'entretien du matériel, sa vérification.

Il faut souvent remettre en condition du matériel abîmé, enlever les étiquettes sur les colis, repeindre... Les accus du matériel médical, des radios doivent être rechargés régulièrement. Le matériel nouveau est réceptionné puis il faut lors des réunions de formation en expliquer le fonctionnement aux opérationnels.

Marcel MARQUIS

LE TRESORIER

Son rôle est important, mais il est plus connu. Il gère les finances de l'association pour qu'elles soient conformes aux obligations légales.

A chaque assemblée générale, il présente le bilan financier, après que celui ait été vérifié par un contrôleur aux comptes, expert-comptable, extérieur à l'association. Il rédige et envoie aussi à chaque donateur le reçu fiscal auquel lui donne droit chaque don. Il conseille aussi le président et le bureau sur la possibilité financière de chaque mission en fonction des ressources disponibles de l'association.

Pierre DUPUIS

LA LOGISTIQUE TRANSPORT et L'INFORMATION

Pour chaque alerte ou mission, une des premières questions qui se pose est : comment s'y rendre ? Il faut donc rechercher, en France ou dans les pays limitrophes des compagnies aériennes qui desservent le pays concerné par la mission, qui disposent de places dans leurs avions ( pour 15 personnes le plus souvent et pour le fret : plusieurs tonnes, plusieurs mètres cube.), le tout dans l'urgence et... l'incertitude du départ. Le fret voyage le plus souvent en "bagage accompagné" ce qui représente en moyenne 200 à 300 colis. Une fois la compagnie trouvée, commence la discussion pour obtenir les prix les plus avantageux, car le poste "transport" représente la somme la plus importante d'une mission. Une fois d'accord sur les tarifs, il faut organiser, toujours par téléphone les rendez-vous pour le fret et le personnel (coordonnées des personnes à contacter, même la nuit ou le week-end, où obtenir les billets, comment seront réglées les formalités douanières, heure limite d'embarquement. Une fois l'équipe partie, il faut déjà entamer les négociations pour trouver des places pour le retour. Jusqu'à présent, personne n'a été abandonné sur place !

Un autre volet important consiste en l'information :

information des médias et du grand public, avant, pendant et après la mission. Il est rappelé que MEDILOR dispose d'un minitel qui vous permet de suivre la mission au jour le jour (03.87.65.37.85).

information aussi des familles des membres partis en mission. Ceci est primordial, car l'angoisse de ceux qui sont restés est toujours présente, même si souvent elle est inavouée.

Ces informations reposent sur la diffusion des rapports reçus au siège de MEDILOR grâce à la valise satellite. Elles sont retransmises sur le minitel et téléphonées tous les jours aux familles.

Michèle WOLFF.

LE SOUTIEN LOGISTIQUE

Notre Lorraine connaît un environnement économique un peu particulier : de très grandes structures industrielles tant dans la tradition des extractions minières (fer, charbon, sel…) que dans les grosses unités de transformation (sidérurgie, pétro et carbochimie, salines) entourées d'une population dense de P.M.E.

Pensant que l'heure du mécénat devait réserver d'agréables financements à MEDILOR, c'est tout naturellement que nous sommes allés rencontrer ces grands donneurs d'ordre que sont SOLLAC, EDF-GDF, la BPL, le Crédit Lyonnais et tant d'autres pour leur proposer un partenariat dont le fruit pourrait permettre de financer nos missions.

Après quelques rencontres aussi courtoises qu'infructueuses, nous avons décidé avec le comité et son Président de trouver une multitude de bienfaiteurs anonymes pour solliciter quelques dons qui ont permis de financer les missions déjà effectuées.

Toutefois, autant est nécessaire le financement qui permet à MEDILOR d'intervenir dans ces missions avec toute l'indépendance qui fait son succès, autant il est nécessaire de s'appuyer sur quelques entreprises qui réservent généreusement une partie de leurs locaux et équipements ou de leurs ressources humaines pour permettre à notre association de stocker son matériel, ses médicaments et de les transporter vers les aéroports lors des départs en MISSION.

Nous pouvons citer sans ambiguïté les sociétés FABERT, FIMIC-DISPELOR S.A., le répartiteur pharmaceutique OCP pour leur efficacité et les services rendus.

Ayons une attention toute particulière pour les collaborateurs de ces sociétés qui acceptent volontiers de se rendre disponibles lors des soirées effervescentes que représentent les départs et retours de mission.

D'aucun pourrait penser que l'aide apportée par une entreprise à MEDILOR est un investissement publicitaire qui a un retour important.

Je peux vous confirmer que les missions de MEDILOR n'ont pas été ressenties dans l'évolution du chiffre d'affaire de nos sociétés, mais qu'elles peuvent être un ferment pour ceux qui y adhèrent en favorisant le respect et l'estime interne des personnes travaillant dans une même société.

Merci d'intervenir auprès de votre entreprise pour qu'elle ouvre aussi ses portes à MEDILOR en apportant sa contribution d'entreprise LORRAINE à une association qui peut nous aider à être fiers d'être LORRAINS.

Un responsable d'entreprise

J.C. RENAUDIN

LES "LOGS"

Une organisation en trinômes.

MEDILOR, c'est d'abord une vocation à intervenir rapidement sur des lieux de catastrophes naturelles ou technologiques. Mais l'association présente une autre particularité. Son organisation est basée sur un fonctionnement en trinôme. Un trinôme est une unité opérationnelle composée d'un médecin, un infirmier et un logisticien. (Naturellement, ces spécialités peuvent toutes trois être déclinées au féminin). Une mission, qui comporte généralement une quinzaine de membres opérationnels, est donc formée de trois trinômes.

Des fonctions spécifiques

Chacun connaît le rôle des médecins : diagnostics, prescriptions, interventions.

Les attributions des infirmières et infirmiers sont également liées directement à leur métier : préparation des prescriptions, soins et assistance aux médecins dans tous les actes médicaux.

Dans ce cas, que reste-t-il aux logisticiens ? Il leur reste tout ce que nous n'avons pas cité précédemment.

Une organisation hospitalière

Il est possible de résumer l'organisation hospitalière comme ceci : le médecin est centré principalement sur la maladie, l'infirmier(ère) sur le traitement de la maladie et l'ASH (assistant aux soins hospitaliers) sur le malade et son environnement. Une mission MEDILOR peut être comparée au fonctionnement d'un hôpital. Nous y trouvons les soignants, il nous faut maintenant assurer l'environnement des malades.

Une multitude de tâches

L'environnement des malades, c'est l'environnement pendant les soins, mais c'est aussi, et peut-être surtout, le fonctionnement du camp. C'est à cette multitude de tâches que vont être employés les logisticiens.

Transport du matériel, installation des dispensaires, organisation des files d'attente, comptabilisation des actes médicaux, secrétariat. La contribution des "logs" dans ce domaine est plus périmédicale que paramédicale. Ils peuvent également dans certains cas préparer les prescriptions simples et, avec trois mots mal prononcés et quatre gestes maladroits, tenter de nouer le contact avec les populations locales pour les conseiller et les apaiser.

La vie du camp

Là où le logisticien trouve sa totale "justification", c'est dans l'organisation de la vie du camp.

Les missions sont de courte durée et les soignants doivent être efficaces à tout instant. Imaginez un instant qu'après une journée d'intervention en général harassante, dans des conditions difficiles, les médecins soient obligés de préparer leur repas, chercher de l'eau, ranger le camp ou effectuer tous autres travaux indispensables à la survie mais sans aucun apport pour les populations sinistrées.

Le premier souci du logisticien est donc de mettre en place le campement, il faut acheminer le matériel, monter les tentes, déterminer les fonctions de chaque aire du camp et en assurer l'hygiène. En zone sinistrée, le risque majeur est le péril fécal (transmission de maladies ou parasites par les excréments). Les zones doivent être parfaitement délimitées et les flux maîtrisés. Les eaux d'assainissement ne doivent jamais croiser le passage des hommes ou des marchandises.

Les fées du logis

Une fois le camp installé, il faut le faire vivre. La préparation des repas est la chasse gardée des logs. Il faut aussi assurer la propreté des lieux. Les logisticiens sont les fées du logis. Ajoutez à cela les approvisionnements en carburant, en marchandises diverses, la garde du camp et du matériel, le bricolage, les réparations de toutes sortes et vous comprendrez que la journée d'un logisticien est largement remplie et qu'il n'a pas besoin de se faire bercer lorsqu'il se couche.

Un souci constant : l'eau

Le problème principal des régions sinistrées, c'est l'eau : soit on n'en trouve pas, parce que les réserves et les moyens d'acheminement ont été détruits, soit les réserves disponibles sont impropres à la consommation, du fait des fortes concentrations de population et du manque de moyens d'assainissement.

C'est donc le souci constant des logisticiens : trouver de l'eau et la purifier. L'association emporte avec elle des provisions d'eau pure (de l'eau de Metz !!) pour 2 à 3 jours. En arrivant, il faut tout de suite trouver un point d'eau, constituer des réserves après avoir filtré l'eau puis l'avoir purifiée.

Filtrage et purification

Pour filtrer l'eau, l'association dispose d'une pompe manuelle équipée d'un filtre en porcelaine, capable de fournir environ 20 litres par demi-heure, à condition qu'un "shadock" pompe sans discontinuer. Sachant que l'équipe comporte une quinzaine de membres et que les besoins de chacun sont de 2 à 10 litres par jour en fonction du climat, cela signifie qu'à n'importe quelle heure du jour, voire de la nuit, vous avez de fortes chances de trouver un logisticien en train de pomper. Ensuite de quoi il faut purifier l'eau filtrée (les filtres retiennent les impuretés, les bactéries, puis les virus). Après au moins quatre heures de traitement à l'ion argent, l'eau est enfin propre à la consommation.

On comprendra que les logisticiens espèrent beaucoup que le projet de station de traitement, qui a été testée lors de la mission au Burkina-Faso, pourra aboutir afin de les alléger de cette charge souvent pesante.

Peut-être bons à rien, certainement prêts à tout, les Logs ne sont ni des Mac Gyver, ni des Rambo, mais simplement des gens venant d'origines diverses, électriciens, enseignants, employés, chauffeurs…, prêts à donner un peu de leur temps pour permettre aux médecins et infirmiers d'intervenir dans les meilleures conditions, sans autre objectif que de soulager.

 

Stéphane RABBE

Logisticien

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