MEDILOR INFOS numéro 6

MEDILOR et l’Afghanistan

De nombreux donateurs se sont étonnés que l’association MEDILOR ne soit pas partie en Afghanistan.

Le tremblement de terre a eu lieu le vendredi 29 mai en fin d’après-midi.

Dès l’annonce de la catastrophe le lendemain, des contacts ont été pris avec la cellule d’urgence du quai d’Orsay, mais il a fallu attendre la fin du long week-end de la Pentecôte pour pouvoir lancer une action.

Entre temps, les bilans annoncés par les médias confirmaient l’importance de la catastrophe.

Pour monter une intervention, il est nécessaire d’avoir l’autorisation des autorités du pays concerné et de travailler avec des gens qui connaissent le pays. Dans le cas de l’Afghanistan, la tâche était difficile, car il n’existe aucune relation diplomatique entre la France (ou l’Europe) et la région nord de l’Afghanistan. Sur le plan officiel, elle est représentée par le Tadjikistan, pays qui n’a pas non plus de représentation en France. Pour les contacts sur place, nous avons été mis en liaison avec l’association ACTED qui œuvre depuis longtemps sur place.

Avec l’accord de la division médicale du Quai d’Orsay, MEDILOR a monté en moins de 24 heures une équipe forte de 17 personnes : 8 médecins, 5 infirmier(e)s, 4 logisticiens. Le départ devait avoir lieu par le premier avion qui pouvait accueillir notre fret de 5 tonnes de matériel et de médicaments, le lundi 8 juin, 13 heures à Francfort.

En 24 heures, tous nos problèmes logistiques ont été réglés :

- places d’avion, place pour le fret (compagnie Lufthansa)

- documents douaniers au Centre Régional des Douanes de Metz - Ennery

- commande dès le mardi de médicaments complémentaires, qui ont été livrés comme prévu le vendredi

- commande de rations auprès de l’armée

- organisation du transport du matériel vers Francfort (sociétés Fabert et Fimic-Dispelor)

- attestations pour les employeurs, les préfectures, etc...

- les visas pour l'Ouzbékistan (Tachkent), délivrés par l’ambassade de Russie, étaient accordés ; la "lettre d’intention" au ministre des Affaires étrangères du Tadjikistan faxée.

Nous étions fins prêts.

Dans les médias, les images et les reportages montraient l’immensité de la tâche. Nous avions prévu 2 types d’actions :

- la première consistait en une action "catastrophe" typique : soins aux victimes

- la seconde, en accord avec ACTED, aurait permis d’apporter des soins médicaux de base à des populations qui ne voient jamais de médecin.

Le jeudi 4 juin, à 22 heures, un appel téléphonique d’ACTED nous apprend que le ministre des Affaires étrangères du Tadjikistan nous avait retiré le droit de passage après avis du comité de coordination médicale, composée des représentants de 4 associations humanitaires présentes sur place.

Selon elles, les six personnes sur le terrain suffisent pour couvrir les besoins médicaux. Dans le même temps, ces mêmes associations insistaient dans les médias sur les besoins immenses de la population et sur les difficultés des soins. Sur Internet, une journaliste signalait qu’en une semaine, 82 personnes seulement avaient été soignées.

La mission a donc été annulée dans la même nuit.

La réaction au sein de l’équipe MEDILOR a été très vive, nous étions tous écœurés. Certains ont voulu démissionner, d’autres ont souhaité en aviser la presse. Le service de l’Action Humanitaire du Quai d’Orsay, que nous avons interpellé, nous a dit ne pas comprendre ce refus.

Il a fallu "démonter" cette mission en essayant de limiter les dégâts financiers : retour des rations à l’armée, Lufthansa a annulé nos billets d’avion et le coût du fret sans retenir de frais de désistement.

Nous avons ensuite fait le bilan du "gâchis" humain : ce départ en mission MEDILOR ne touchait pas que les 17 personnes prévues, tous bénévoles. Ceux-ci avaient bouleversé leur emploi du temps ou l’organisation de leur travail.

Reprenons en détail :

8 médecins : 7 médecins généralistes qui ont du trouver des remplaçants, les informer des patients à problèmes pour assurer la continuité des soins

1 médecin hospitalier, qui a du batailler dur avec sa direction et ses collègues de travail pour échanger ses gardes et ses périodes de congés

5 infirmier(e)s : 2 infirmiers libéraux ont du aussi trouver des remplaçants

3 infirmiers hospitaliers ont eu les mêmes difficultés que leurs collègues médecins

4 logisticiens : 3 sont salariés et ont du négocier un départ précipité avec leur employeur

1 est commerçant et a du trouver quelqu’un pour assurer une présence dans son magasin.

Ce qui fait plusieurs dizaines de personnes mobilisées pour un départ.

A noter aussi que MEDILOR semble avoir été la seule association française capable de mobiliser 17 personnes en 24 heures.

Depuis le début de l’année, 5 alertes ont été lancées, et à chaque fois les membres de MEDILOR ont répondu présents :

- février : épidémie de choléra au Congo

tremblement de terre en Afghanistan

- mars : tremblement de terre en Iran

- mai/juin : tremblement de terre en Afghanistan

Nous avons donc réfléchi à ces situations et décidé, suite à une réunion du conseil d’administration d’élargir notre champ d’action :

- les missions sur le terrain en urgence resteront une de nos priorités

- mais nous avons décidé de monter des missions "à froid", en dehors de l’urgence, pour apporter une aide médicale. Ces actions, programmées dans le temps, poseraient moins de problèmes surtout pour les membres de MEDILOR qui sont des salariés car elles s’effectueraient pendant des congés planifiés. Les champs d’intervention possibles sont nombreux : soins dans des camps de réfugiés, soins médicaux auprès de populations que nous aurions déjà rencontré "en urgence" lors de missions de catastrophe (indigents en Inde, indiens en Colombie...).

- il serait aussi possible de participer à la formation de personnel médical et paramédical de pays régulièrement touchés par des catastrophes et à qui nous pourrions, lors de missions de soins programmés dans leur pays, transmettre notre savoir-faire.

Mais tout ceci serait fait dans l’éthique MEDILOR (bénévolat, pas de charity-buissness), dans le respect de nos statuts et du contrat moral passé avec nos donateurs. C’est dans ce but que nous vous adressons ce courrier.

Docteur Pierre WOLFF

Président de MEDILOR.

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