MEDILOR INFOS numéro 7

Editorial :

Les deux dernières années avaient été pauvres en mission. Mais depuis le mois de septembre, les cyclones se déchaînent sur les Caraïbes et les Amériques. Dévastateurs, ils portent des prénoms tantôt masculins, tantôt féminins. Dus au caprice d'El Nino ou de la Nina, ils apportent mort et désolation sur leur passage.

Fin septembre, le cyclone Georges s'est abattu sur les Caraïbes, touchant les Antilles (Guadeloupe, Martinique), Saint Domingue et Haïti le jeudi 24 septembre. Les dégâts occasionnés peuvent être dus soit aux vents violents, soit aux pluies diluviennes qui précèdent ou suivent le cyclone.

MEDILOR avait été mis en alerte dès le lendemain.

Un détachement de la Sécurité Civile, qui œuvrait à la Guadeloupe était venu en reconnaissance sur l'île d'Haïti - Saint Domingue. Si à Saint Domingue, les dégâts étaient surtout dus au vent, en Haïti, de l'autre coté de la montagne, c'est l'eau qui avait causé beaucoup de dégâts.

Les responsables du détachement avaient alors recommandé l'intervention de MEDILOR auprès des autorités haïtiennes.

C'est ainsi que la mission a été déclenchée le samedi 26 septembre dans la nuit. Elle aurait un format inhabituel pour nous : 2 équipes se relaieraient à 15 jours d'intervalle afin d'être présentes 1 mois sur le terrain, mobilisant 19 personnes. Le départ aurait lieu par le premier avion à destination de Port au Prince le mercredi 30 septembre (1 seul avion direct par semaine au départ de Paris).

C'est le récit de cette mission que vous trouverez dans les pages suivantes.

Depuis cette opération, un autre cyclone, Mitch, a dévasté l'Amérique Centrale. Les autorités nous ont demandé de monter une autre mission.

Nous n'avons pas pu répondre pour l'instant positivement. Je vous rappelle en effet les conditions de nos missions :

1 - nous sommes tous des BENEVOLES, et nous prenons sur nos congés pour partir en mission

2 - notre financement est lié aux dons des gens qui nous soutiennent et nous ne pouvons pas engager des dépenses pour une autre mission tant que la précédente n'a pas été financée.

C'est pourquoi nous comptons sur vous, car

SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE.

Je vous rappelle que 100% de vos dons servent au financement des actions, nos frais généraux étant couverts en totalité par les cotisations annuelles des membres.

Vous trouverez d'ailleurs en dernière page le budget provisoire de la mission Haïti.

Et en cette fin d'année qui approche, toute l'équipe de MEDILOR vous remercie, vous souhaite de joyeuses fêtes et vous présente par avance leurs meilleurs vœux pour la nouvelle année.

Docteur Pierre WOLFF, président de MEDILOR.

MISSION INOFLAT 98

(INOndations du FLeuve ArTibonite du 30 septembre au 28 octobre 1998)

Le cyclone Georges est passé sur Haïti après avoir ravagé Saint Dominique par la puissance de ses vents le 24 septembre 1998 causant de nombreux dégâts essentiellement dus aux inondations provoquées par la rupture des digues, les rizières étant situées sous le niveau des eaux du fleuve Artibonite. Les constructions (poteaux verticaux en bois, murs de torchis de paille de riz et de terre, couverture de tôle ondulée) se sont toutes effondrées lors de la montée des eaux.

Le départ de la première équipe a donc lieu le 30 septembre à 7 h. de Strasbourg vers Port au Prince via Roissy. Arrivée en Haïti le même jour à 15 h. 30 heure locale (7 h. de décalage horaire). L’accueil est réalisé par le docteur RYST (pionnier du Biafra avec la Croix Rouge puis fondateur de MSF, actuellement responsable de la mission franco-haïtienne de développement) et par l’ambassade de France, représentée par M. Lasporte (responsable de la sécurité de l’ambassade).

Les formalités de douane furent rapidement effectuées grâce à l’aide efficace de l’adjudant Selles, gendarme français de la police civile de l’aéroport qui est sous la responsabilité de l’ONU. La première nuit, nous sommes hébergés au camp argentin, camp de l’ONU en bout de piste de l’aéroport. Après 36 heures de veille, le repos était bien mérité, mais s’avéra très agité (décollage d’un gros porteur vers 1 heure du matin et attaques incessantes d’escadrons de moustiques !).

Debout aux aurores, il fallait organiser concrètement la mission.

La mission commença par un rendez-vous avec l’ambassadeur de France, le docteur Ryst et M. Lasporte, puis une réunion à la Direction Générale de la Santé. Un véhicule 4x4 de 9 places est loué pour 4 semaines.

A 13 heures, départ d’un détachement de 3 personnes vers Gonaïves (250 km au nord de Port au Prince) sous la conduite du docteur Tabare de la mission franco-haïtienne de développement, afin de rencontrer le directeur départemental de la santé qui devait nous assigner une zone de travail (entre Gonaïves et Port au Prince), alors que le reste de l’équipe attendait le lendemain au camp argentin qu’un camion de la direction générale de la santé achemine le matériel vers Saint Marc.

C’est donc vers le vendredi matin 9 h. que la jonction du détachement et du gros de la troupe allait se faire à l'hôpital de Saint Marc.

Après une brève réunion avec nos interlocuteurs sur place, les docteurs Billy Racine, directeur départemental de la santé, Rochelin-Paultre, directeur de l’hôpital de Saint Marc et chef du service de médecine interne, Rony d'Haïti, responsable du bureau sanitaire communal, il a été décidé que :

- le lieu de vie provisoire de l’équipe MEDILOR serait une école publique, la rentrée des classes ayant été retardée à cause du cyclone.

2 trinômes se rendraient sur le terrain pour y faire fonctionner des dispensaires dans les camps de regroupement des victimes d’inondations, - et qu’un médecin et une infirmière travailleraient aux consultations

externes et aux urgences du centre hospitalier alors que le logisticien restant assurerait la veille au camp de base.

Dès le vendredi midi, après installation dans 2 salles de classe dans un état sordide, sans sanitaire (nous devions aller à l'hôpital distant de 500 m. pour prendre une douche d’eau saumâtre et pour aller aux toilettes ! ). Une équipe de 2 trinômes partit dans 2 sites différents où 177 personnes furent examinées et traitées. Les jours suivants, les groupes tournèrent pour changer quotidiennement la composition des équipes, soit 2 médecins, 2 infirmiers et deux logisticiens en dispensaire et 1 médecin, 1 infirmier à l'hôpital. Alors que tout se passait bien, sur le plan de l’organisation, survint le 3 octobre, un violent orage tropical qui inonda l’antenne de la valise satellite, provoquant une panne complète de réception mais permettant cependant l’envoi de fax dans le sens Haïti France. Les orages tropicaux (10 cm. d'eau en 1/2 heure) étaient fréquents, nous permettant entre autres de prendre une douche d'eau douce et de reconstituer notre stock d'eau propre (vaisselle, lessive). L'eau de boisson était achetée en magasin pour éviter la "turista" aux membres de l'équipe.

Le lundi 6 octobre, petite anecdote, la journée dispensaire s'est passée à Grandes Salines, ville du bord de mer, rendue inaccessible par terre (la piste étant inondée). Il fallut donc prendre une pirogue à moteur, soit 1 h. 30 de mer pour s'y rendre. Ce village de 8000 âmes, 10 jours après le cyclone, n'avait pas été visité. Ce fut une

journée très lourde en activité. Le 8 octobre, nous avons reçu la visite de l'ambassadeur de France, monsieur ROUSSEL et du docteur RYST à Jean Denis, bourgade située à 1 h. de piste de Saint Marc.

C'est montrer l'intérêt porté par les représentants des autorités françaises en Haïti à notre mission. Sur le chemin du retour, nous aurons d'ailleurs l'honneur d'être reçus par notre ambassade, en remerciement

de notre action envers les haïtiens. Le dimanche 11 octobre, nous déménagé notre camp de l'école où nous avions vécu 10 jours pour nous rendre dans la partie commune du bâtiment qui sert à loger le personnel

de l'hôpital, l'eau provenant de citernes et l'électricité étant plus présentes qu'à l'école.

C'est le 13 octobre que la première équipe quitta Saint Marc pour Port au Prince. La relève avec la deuxième équipe s'est effectuée en 10 mn. à l'aéroport et seulement 2 personnes furent autorisées se rencontrer, l'avion d'Air France étant seulement en transit.

Après une halte le soir du 14 au camp argentin, la deuxième équipe composée elle aussi de 3 trinômes a rejoint le site dès le lendemain.

N'ayant pas de problèmes logistiques à résoudre, elle a pu immédiatement se mettre au travail. Si les deux premières journées, un médecin assisté d'un infirmier est resté pour consulter à l'hôpital, dès le 3ème.jour, les 3 trinômes sont partis sur le terrain. Les journées commençaient tôt, à l'aube et au chant du coq.

De jour en jour, nous sommes arrivés à faire en sorte que le véhicule de l'hôpital, le personnel et les 4 secouristes de la Croix Rouge haïtienne soient là le plus tôt possible. Les lieux de consultations ont été choisis par les autorités sanitaires en accord avec des pères missionnaires présents dans le pays depuis plus de 10 ans. Nous avons pu ainsi visiter des villages encore isolés par les inondations et qui n'avaient pas eu de soins ou vu de médecin depuis la catastrophe.

Ces gens qui ont tout perdu dans l'eau se sont regroupés sur des points hauts et sont plus ou moins bien accueillis par les habitants d'autres villages, eux-mêmes déjà très démunis. Pour les rejoindre, le schéma était toujours le même : piste de plus en plus défoncée (nous étions parfois obligés de rebrousser chemin au bout de quelques kilomètres car les ornières étaient infranchissables ou le passage était bloqué par de véhicules embourbés de toutes tailles), puis nous abandonnions nos véhicules pour franchir le fleuve Artibonite dans des barques qui avaient tendance à jouer au sous-marin (il fallait écoper dur).

Ensuite venait la partie "footing" sur les murets de terre séparant les rizières. Les paysages et la faune (chevaux en liberté, bœufs et leurs hérons, fleurs) rappelaient par certains aspects la Camargue, mais une Camargue sous l'eau, ravagée par les flots et envahie par les moustiques. A l'arrivée dans le village, nous étions attendus

par une foule nombreuse et bruyante.

On définissait le lieu de consultation : école, église, "bank" ou "borlette" (loterie locale), "guaguerre"

(enclos grillagé avec gradins pour les combats de coqs). 2 logisticiens établissaient un secrétariat à l'entrée et essayaient tant bien que mal de contenir la foule. Les familles étaient ensuite examinées par les médecins qui posaient les diagnostics et indiquaient les traitements.

Les médicaments étaient délivrés par les infirmiers qui conditionnaient les produits, expliquaient les posologies en s'aidant souvent de petits dessins sur les sachets et essayant de parler créole : "une ti graine le matin, une ti graine le soir". Dans le même temps, le 3ème logisticien, accompagné de 2 personnes du centre communal de santé faisait la tournée des familles afin de faire de la prévention : il leur expliquait la façon de désinfecter l'eau qu'elles tiraient des puits et leur fournissait l'eau de javel nécessaire. Si le dosage était simple à expliquer :

5 gouttes par gallon (3.78 litres) ou 25 gouttes par "baukite" (vase de 5 gallons), le plus dur était de leur faire comprendre que l'eau de Javel devait être utilisée pour désinfecter l'eau de boisson plutôt que pour blanchir le linge. La fin de la consultation était le plus souvent liée à la météo : en effet la menace d'orages nous obligait parfois à remballer précipitamment, au grand désarroi de certains.

Nous étions obligés de repasser certaines portions de piste avant qu'elles ne soient inondées et impraticables. Dans ce domaine, ce sont les pères ou le personnel de l'hôpital qui connaissaient bien la région et ses pièges qui décidaient. Pendant ces heures de consultation, nous avons été impressionnés par la propreté des personnes qui nous consultaient. Alors que la plupart n'avait plus de toit, ils étaient tous impeccables. Certains avaient leurs habits du dimanche. Nous avons été aussi marqués par la démographie de ce pays : les familles ont le plus souvent de 5 à 10 enfants et les femmes étaient pour la plupart enceintes. Des images et des visages resteront gravées dans nos mémoires : ces enfants albinos, au corps brûlé par le soleil, les innombrables dermatoses liées au séjour prolongé dans l'eau, les nourrissons dont la température dépassait les 41°, ces femmes qui voulaient absolument accoucher auprès de nous, cette malade avec son bruit dans la tête qui empêchait toute sa famille de dormir.

Au retour, souvent, les porteurs avaient rejoint leurs familles et nous devions porter nos cantines, heureusement bien allégées. A l'arrivée à l'hôpital, c'était la chasse à l'eau pour pouvoir prendre une douche.

Et après le repas, venait le moment tant attendu de la rédaction du compte-rendu pour les familles en France. Avant le coucher, les 4 cantines de médicaments qui servaient aux consultations étaient recomplétées pour le lendemain. Les journées se sont succédé à ce rythme, nous laissant des noms dans la tête : Cité de l'Amérique, Poiriers, Bocozelle, Chevraux des Cloches, Duclas, Bourdette Petite Place, Brizard...

Puis est venue l'heure du retour sur Port au Prince, avec le folklore habituel du passage en douane du matériel (merci à notre ami le gendarme français), la réception chez le docteur Ryst avec le personnel de l'ambassade et de la mission de coopération franco-haïtienne puis le départ pour la France avec escale à Pointe à Pitre.

Le BILAN de cette mission a été très positif :

18 membres de MEDILOR ont travaillé sur le terrain :

6 médecins : les docteurs Jean Luc BOITEUX, Michel FLORSCH, Michel GOULMY, Jean Marc HIPPERT, Alain STEINMETZ et Pierre WOLFF,

6 infirmier(e)s : Pascale ANDRE, Patrick BOLOT, Edith CHATEL, Françoise GIROSSIER, Albert LABOUHEURE, Carmine PARRELLA,

6 logisticiens : Ségolène BARBOU DES PLACES, Jean Jacques GEISERT, Michel MEDIC, Stéphane RABBE, Christian REGNIER, Renaud ROEHM, et l'aide de Jean Claude HAUCK, journaliste du Républicain Lorrain.

l'indispensable "base arrière" : Benoît BEAUDOUIN, Marcel MARQUIS, Michèle WOLFF, les établissements FABERT et FIMIC-DISPELOR, l'aide financière de la Région Lorraine qui croit en notre action et nous soutient.

Sur les 2 groupes, ce sont plus de 4640 malades qui ont été inscrits et traités (sûrement plus car souvent les parents se faisaient consulter alors que seuls les enfants étaient inscrits), 2229 doses d'eau de Javel ont été distribuées pour autant de familles. Enfin une importante quantité de médicaments a été laissée à l'hôpital Saint Nicolas de Saint Marc.

Les pathologies rencontrées :

des infections respiratoires et ORL aiguës et chroniques (tuberculose, SIDA),

des infections digestives avec beaucoup de diarrhées, des vomissements,

des gastrites liées au stress

des parasitoses digestives

des affections dermatologiques (infectieuses bactériennes et fongiques, parasitaires (gale), prurit)

des malarias, avec des fièvres importantes,

des traumatismes psychologiques avec angoisse, anorexie, insomnie en rapport avec l'impossibilité de regagner une maison encore sous l'eau ou détruite : " le dessaisissement" en créole.

et encore des déshydratations et des carences chez les enfants, des affections gynécologiques et urinaires (MST), des hypertensions...

En conclusion, avant le bilan financier que vous trouverez ci dessous, nous tenons aussi à remercier nos hôtes et nos confrères haïtiens : M. Roussel et toute son équipe de l'ambassade, le Dr Ryst et la mission de coopération franco-haïtienne, les docteurs ROCHELIN-PAULTRE et d'HAÏTI, Rony, Hervé, Eveneau et Léonie nos interprètes, le personnel de l'hôpital, les Pères Frantz, Werner et Michel de la paroisse de Pont Sondé.

Et vous, nos donateurs. Sans vous tous, cette mission n'aurait pu se faire.

 

BILAN FINANCIER MISSION HAÏTI

Préparation (téléphone, fax) :                                        6000.00

Transport :                      personnes                              85780.00

                                         visas                                          2897.50

                                         fret                                            35881.35

                                         camion, péages                           840.00

Achat :                             matériel + médicaments         80375.83

Nourriture (rations) :                                                        22140.00

Dépenses sur place :

                                          location 4 x 4                            12810.00

                                          location camion retour              1281.00

                                          achat eau boisson, divers         3153.70

                                         carburant                                       3050.00

                                         hébergt. camp argentin                 1040.11

Transmissions satellite :                                                        3000.00

Matériel à remplacer :                                                              4200.00  (détruit, abîmé ou perdu fret)

 

soit un TOTAL de 256 149.49

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