MEDILOR INFOS numéro 9

Editorial :

L'année 2000 avait été particulièrement calme.

Elle avait été ponctuée par quelques alertes qui ne se sont pas concrétisées.

2 missions "à froid" ont été lancées : au Burkina Faso et au Mali, mais sans résultat pour l'instant.

Le 15 décembre, nous avons fêté le dixième anniversaire de la création de MEDILOR.

Dix ans de satisfaction .... de joies et aussi de peines.

Les membres restent mobilisés : les formations tant médicales que techniques se poursuivent, le matériel est entretenu et amélioré. La technique s'est affinée d'année en année.

L'année 2000 s'était terminée sans mission, le nouveau siècle avait à peine commencé que nous avons eu l'occasion de faire 2 missions majeures, dont vous trouverez le compte rendu dans ce numéro.

Pour la première fois depuis la création de MEDILOR, nous avons enchaînés 2 missions l'une derrière l'autre avec juste 48 heures pour récupérer le matériel, le reconditionner et commander un nouveau stock de médicaments.

Et je voudrais tout de suite remercier publiquement tous nos "travailleurs de l'ombre", les responsables de la base arrière qui nous permettent de partir en mission dans de bonnes conditions (responsable du transport, pharmacien, logisticien, trésorier), ceux qui œuvrent toute l'année et ne partent jamais en mission.

Mais aussi, je ne saurais vous oublier vous nos donateurs car

SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE.

C'est vous qui faites vivre MEDILOR depuis 10 ans.

Je vous rappelle que 100% de vos dons servent au financement des actions, nos frais généraux étant couverts en totalité par les cotisations annuelles des membres. Vous trouvez ci joint le budget des missions.

Nous présenterons dans les mois prochains les films de ces 2 missions

Et encore, merci !

                                                                                                                    Docteur Pierre WOLFF

                                                                                                                    Président de MEDILOR.

 

EL SALVADOR

 

En espagnol, un seul et même mot pour dire l’espoir et l’attente.

Esperar. Un seul mot qui résume toute une mission, toute une aventure,

toute une rencontre avec un pays : le Salvador

**Samedi 13 janvier, 11h33. Le Salvador est secoué par un séisme de magnitude 7,9 sur l’échelle de Richter. Jocelin a 10 ans. Avec ses 5 sœurs, elle attend, pétrifiée, dans sa chambre. 43 secondes d’angoisse. "Mon papa était sorti faire des courses en ville. On a attendu des heures qu’il revienne. J’avais très peur qu’un immeuble se soit écroulé sur lui." Heureusement, personne n’a été blessé dans la famille. Sa maison tient encore debout, mais toute la tribu dort dans le jardin. "Je prie Dieu tous les jours pour que ça ne tremble plus et pour que le volcan ne se réveille pas. Ils ont dit à la radio que ça risquait d’exploser." Combien de jours, combien de mois tous ces gens attendront-ils avant d’oser regagner leurs maisons ?

**Dès le lendemain matin, les téléscripteurs crépitent : le Salvador attend l’aide internationale. A 14 h. Médilor (Médecins d’Intervention de Lorraine), association d’aide d’urgence, est en alerte. Depuis la Turquie, en août 1999, tous les membres attendent de repartir. Les donateurs qui font vivre l’association attendent de voir comment leur argent va être utilisé. Les "opérationnels" sont contactés dans la journée. "On monte une mission au Salvador. Tu es dispo ? On attend ta réponse dans la soirée."

Mission en attente

**Après 18 mois d’attente, tout s’accélère. Les médecins courent les remplaçants, les infirmiers changent leurs gardes. Les logisticiens négocient deux semaines de congés. La mission ne dure que 10 jours, pour pallier la première urgence et passer le relais aux structures plus lourdes. Pas le temps de traîner. Les réponses positives arrivent vite. Dès que le compte est bon, l’équipe est constituée. Les autres attendront le prochain départ.

**Vendredi 19, les 17 membres de l’équipe posent le pied sur le tarmac brûlant de l’aéroport de San Salvador. " Les bilans des médias sont alarmants, mais on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre", explique Michel Goulmy, un des médecins du groupe. "En Turquie, on nous annonçait des dizaines de milliers de blessés et de sans-abri mais il y a eu peu de consultations." Médilor fait de la médecine générale de masse et de la petite chirurgie. 5000 patients peuvent être soignés en 10 jours, mais la réussite de l’entreprise dépend souvent de l’organisation des autorités locales.

**Négociations musclées à la douane. Intervention salvatrice d’un membre du gouvernement. Armando Escobar trouve un bus pour le personnel et un camion pour le matériel. "Nous vous attendions hier ", sourit-il.

L’avion, lui, ne les a pas attendus à Miami. Ils ont raté la correspondance et le fret n’a pas été transféré. "Il faut attendre le prochain vol cargo". En attendant, Armando Escobar doit présenter l’équipe aux autorités militaires.

**A la base aérienne, le colonel Palacios n’a pas l’air au courant de leur arrivée. Dans un coin du hangar qui déborde de nourriture et de couvertures, on parle français. Deux Médecins du Monde attendent là depuis trois jours. "Nous accompagnons une cargaison de dons. Ils ont ouvert tous les cartons, vérifié le contenu, les quantités, tout. On ne sait toujours pas quand on va pouvoir partir ni où distribuer tout ça." Les logisticiens de Médilor s’affolent. S’ils perdent encore trois jours après avoir récupéré leur fret, la mission sera compromise. "Il y a une cellule de crise à la Foire Internationale", explique Armando Escobar. "Ce sont eux qui organisent la répartition des secours." La réponse est unanime : "On y va, on verra bien."

**Le paysage ressemble à la savane africaine. A d’autres endroits, on se croirait en pleine jungle amazonienne. Arrivée à la Feria. Des soldats avec casque, gants blancs et M16 chargé gardent l’entrée.

Depuis la fin de la guerre civile, en 1992, les militaires tiennent le pays. Et ils le tiennent fermement. Une petite porte, un jardin à la végétation luxuriante. Entre une énorme antenne de transmission satellite et un téléviseur 16 /9èmes qui débite des mangas japonais, un parasol et des chaises en fer forgé. "Attendez ici, le colonel Martiny Duarte va venir vous voir."

**Les militaires ressemblent aux Mayas de Tintin et le Temple de Soleil. Le colonel a plutôt l’air américain, avec son uniforme U.S. et sa moustache grise. Il prend connaissance de la situation, fait appeler un interprète qui baragouine quelques mots de français, puis un responsable des transports, un délégué du ministère de la Santé. Une fois encore, on se croirait en Afrique, à une séance de palabres sous un baobab. Sauf que c’est un manguier et que les discussions débouchent sur des solutions concrètes, efficaces. Malgré le désarroi du pays, l’organisation militaire reste, implacable. "D’abord, trouver un endroit pour vous loger cette nuit", récapitule le colonel Duarte. "Il y a une école militaire en face. Ensuite, vous retournez à l’aéroport pour régler votre problème de fret. Vous nous direz quand envoyer le camion pour le récupérer. Puis vous irez directement à San Vicente. J’ai fait prévenir sur place, ils vous attendent." Exécution.

**Samedi, 9 h. Le matériel est arrivé dans la nuit. Le passage de la douane se fait sans encombre. En route pour San Vicente. Encore quelques palabres à la caserne locale. Le major Molina enverra l’équipe à Tecoluca. Pas de morts dans le département, mais beaucoup de sans-abri. Et aucune équipe internationale dans le secteur. "Ils sont tous allés à Santa Tecla et Santa Ana, là où il y a eu le plus de victimes".

Dans la cour du collège municipal, le camp est vite monté. Deux grandes tentes pour le dortoir, la pharmacie dans la grande salle, une grande table sous le majestueux manguier. Le vent du Nord souffle fort, l’air est frais mais chargé de poussière. Réunion tardive avec les 15 soldats qui gardent le camp. "Il faut être fermes sur l’organisation", précise le major Galdamez, responsable de la sécurité. "S’ils entrent à plus de dix à la fois, ça va être l’émeute." L’équipe s’attend déjà à être submergée de travail. "Vous verrez, les gens viendront de tout le département, ajoute le docteur Enrique Gonzalez, directeur de l’Unidad de Salud. Vos 5ooo consultations, vous les ferez en trois jours !"

Salle d'attente bondée

**Dimanche, 8 h 30. Le début des consultations était fixé à 8 h et les médecins n’ont pas vu un seul malade. "Qu’est-ce qu’ils attendent ?" s’interroge Dominique Neuburger. "Je croyais que ça se bousculerait au portail !" Juán, un jeune lycéen, vient faire la traduction en anglais. "Tout le monde est à la messe. Mais dans une heure, il y aura du monde. Le curé va faire une annonce" Un pick-up sillonne le secteur en chantonnant "médecins français, consultations et médicaments absolument gratuits" sur fond de salsa. C’est l’affluence. Pilar, 20 ans, a amené ses 4 enfants, les 3 de sa sœur et 5 petits voisins.

"Ils ont juste les yeux qui coulent à cause du vent." Tout ce qu’elle espère, c’est des vitamines. Mais la pharmacie n'en a pas. Les infirmières qui distribuent les médicaments attendent le traducteur occupé aux consultations. Expliquer qu’il faut bien laver l’œil, que le collyre se met comme ça, que ce sont des dosettes à usage unique. Pilar sourit. Finalement, les gringos ont été à la hauteur de ses espérances. Elle repart avec ses dizaines de dosettes et sa colonie d’enfants.

**Mardi, 9 h 30. Des brigadas de consultation mobiles sont organisées pour les villages éloignés. Santa Cruz. L’équipe arrive dans un camion bringuebalant. L’école maternelle sert de dispensaire. 542 personnes attendent déjà devant. "Vous vouliez du travail", lance le docteur Gonzalez aux Français ébahis, "en voilà !" Avant même de commencer les consultations, les trois médecins présents supplient la directrice de l’école de faire une annonce : "Nous arrêtons de prendre les inscriptions parce qu’il ne sera pas possible de voir tout le monde. Les médecins français n’ont apporté aucune vitamine."

**Il faudrait plus que cela, plus même que le soleil écrasant pour décourager les espoirs des villageois. Ils attendent surtout un soutien psychologique, parce que rares sont les aides qui arrivent jusqu’à cette profonde pampa.

**Jeudi, 21 h. Débriefing sous le manguier. Presque 2000 consultations et toujours des rhino bronchites à cause de la fraîcheur des nuits et des conjonctivites à cause du vent. "On est là pour faire de la médecine générale de masse", argumente Alain Steinmetz, médecin. "C’est ce qu’on fait et ça marche bien "

Mais certains se sentent frustrés dans leurs espérances. " Tu ne peux pas nous empêcher d’attendre un cas intéressant", rétorque Benoît Schenck, "un diagnostic un peu difficile. Aujourd’hui, j’aurais pu laisser le traducteur faire les ordonnances, ils ont tous la même chose et on prescrit toujours la même chose."

**Le lendemain, quelques cas de tuberculose sont détectés. "Vous prenez vos médicaments pendant huit jours", insiste Geneviève Gangloff. "Si ça ne va pas mieux avec les antibiotiques, il faudra faire des radios à l’hôpital." Mais personne ne s’attend à ce que le monsieur suive les directives. "Les examens coûtent cher", explique Yvan, un jeune médecin local venu en renfort." Et pour peu que le patient ait peur d'être diagnostiqué tuberculeux, il va éviter de voir un docteur."

**Le désarroi s’empare un moment de l’équipe. Les limites de leur travail se font sentir. Il ne reste qu’à noter les noms de ceux qui traînent une bronchite suspecte depuis plusieurs mois et à transmettre la liste au directeur départemental de la santé. "Certaines situations ont l’air sans espoir", confie Ségolène Barbou des Places, logisticienne, "à cause de la situation dans le pays. Et on sait bien qu’en 10 jours on ne pourra pas remédier à toute cette misère." Vendredi, 17 h. Les derniers consultants s’en vont. L’heure est au bilan : 2545 consultations en 6 jours. Joli score. "C’est normal", assure Morena qui s’occupait des inscriptions. "Tous les gens me demandaient de passer avec un médecin français. Parce qu’ils croient qu’ils ont fait de meilleures études, qu’ils ont des médicaments qui marchent mieux." Les Salvadoriens n’ont pas confiance dans leur pays ?

Partir sans attendre

**Sur un coin de table, Juan, le jeune lycéen, se confie, mais seulement en espagnol pour garder un peu son secret. "Tout ce que j’espère, c’est de pouvoir partir au Canada pour faire mes études. Le seul moyen de sortir de la pauvreté c’est de quitter le pays." Son père vit aux Etats Unis depuis 10 ans. Il a ouvert un garage et gagne assez d’argent pour lui envoyer de quoi payer l’école. Sa mère habite Mexico. Il ne l’a jamais vue. "Tous ceux qui le peuvent s’en vont", renchérit Yvan. "Et quand ils ont leurs diplômes ils ne reviennent pas. Ici, comme médecin de famille, je gagnerai peut-être 500 dollars par mois, et encore. Le pays restera sous-développé si tous les cadres continuent de fuir."

**La solution pour s’en sortir ? Devenir le petit frère des Américains. Depuis la victoire de la droite soutenue par les USA en 1992, les gringos sont déjà très présents. Même la vieille dame qui vend à la sauvette les bananes qu’elle porte sur sa tête accepte les dollars. "La monnaie nationale, le colon, va disparaître dans quelques mois", explique le major Galdamez. "C’est mieux comme ça. La dévaluation devenait terrible. Mon plus grand souhait c’est que le Salvador devienne le 51ème état américain. Il n’y a pas d’autre espoir pour nous." Il chuchote en vérifiant que personne n’écoute.

**Tecoluca est un fief de l’extrême gauche révolutionnaire qui a perdu la guerre civile. Les activistes du PCN n’aimeraient pas entendre cela. Eux, ils attendent l’avènement d’une figure charismatique pour relancer la révolution. Ils se consolent en collant ça et là des affiches du Che. La droite attend l’adoption d’Oncle Sam, la gauche celle de Fidel, et au milieu la grande majorité paysanne attend juste de l’argent, d’où qu’il vienne. Le Salvador attend son sauveur et semble avoir perdu l’espoir qu’il soit salvadorien.

**ESPERAR.. Là-bas c’est plus qu’un mot, c’est un état d’esprit.

Isabelle Wolff

SALVADOR : IMPRESSIONS

Le temps d'une mission, chacun observe, lit, demande, tente de percevoir, de comprendre. Quelques jours pour découvrir des bribes de l'histoire et de la vie d'un peuple.

En guise de conclusion, trois petits fragments du Salvador, rapportés dans les valises.

Les constructions au Salvador.

Depuis le 13 janvier 2001, jour du tremblement de terre qui a ravagé le Salvador, plus de 3000 secousses (répliques ou nouveau tremblement de terre le 13 février) ont infligé à la population dégâts matériels et humains, sans parler du climat de frayeur qui règne depuis.

Parmi les facteurs qui expliquent le nombre des sinistrés, la structure de l'habitat, qui, par sa fragilité, ne peut résister à des secousses d'une certaine intensité.

Rappeler que les constructions antisismiques sont quasiment inexistantes semble une évidence. La pauvreté endémique du pays ne permet pas, dans les petites villes et les villages, le recours à des constructions de haute (ou moyenne) technologie.

L'habitat traditionnel, hérité des Espagnols, repose sur des fondations en pierres volcaniques et les murs sont montés en briques de terre mélangée avec des végétaux et cuites au soleil. Le bois trouvé en abondance est aussi fréquemment utilisé au risque d'une déforestation inquiétante ; il sert alors d'armature et est complété par du torchis.

Les méthodes de construction sont révélatrices de l'état de développement du Salvador : privilégiant les ressources locales (bois, terre de schistes), les constructions sont bien isolées par la terre qui les compose, mais sans liaisons solides, elles ne peuvent résister à un séisme.

Il reste que ces maisons, recouvertes de tuiles canales, ornées de portes, portails et grilles de fenêtres en fer forgé, qui révèlent une précarité économique et sociale, sont rarement construites avec des étages.

Elles n'ont aucune chance de résister à un séisme. Mais peut-être parce qu'elles sont constituées de matériaux légers et sans résistance, elles tuent moins quand elles s'effondrent.

Le Phare du Pacifique

Le Salvador est terre de volcans. Parmi ceux-ci, tour à tour destructeurs ou sources d'admiration, deux marquent plus particulièrement l'esprit des Salvadoriens. Le Chichontepec est, paraît-il, unique au monde pour sa forme à deux mamelles. L'autre volcan, plus sage dans ses proportions, n'en a pas moins tourné la tête des hommes !

Dans les années 50, ce volcan a commencé à tousser, cracher mais sa violence n'a pas été meurtrière. Pas de lave, pas de matière solide en jaillissant, juste une intense fumée rouge, projetée très haut dans le ciel. La terreur des habitants des terres voisines s'est apaisée peu à peu, habitude fait force de loi. Mais le volcan n'a pas renoncé à cracher et devenant aussi familier aux terriers qu'aux navigateurs approchant cette terre bordée du Pacifique, la fumée rouge est devenue point de repère. Rouge comme bâbord, savaient déjà les marins mais aussi rouge comme "le phare du Pacifique" ont appris les navires croisant le Salvador ou y accostant.

L'occasion était trop belle pour les promoteurs avides d'attirer touristes en recherche de l'illumination (de leur vie ?) et, à grands renforts de dollars US, s'est construit un complexe hôtelier avec vue très prisée sur le volcan. Puis vint le jour de l'inauguration du complexe et certains se sentaient déjà le cœur chaud de cette manne, semblait-il, inépuisable.

Mais il faut une morale aux histoires qui bercent les nuits des enfants. Cette morale aurait été trop cruelle à transmettre s'il en était résultée mort d'hommes. Le volcan n'est donc pas entré en éruption. Mais simplement, sagement, il s'est éteint, emportant en son cratère les espoirs de richesse trop vite échafaudés.

Echaudés, oserait-on dire, les promoteurs sont repartis, laissant l'histoire devenir la légende du Phare du Pacifique.

La Paz sea con vosotros

"La paix soit avec vous". C'est avec ces mots de bienvenue que la statue du frère éloigné (hermano lejano) accueille le visiteur qui, venant de l'aéroport, se présente aux portes de San Salvador. Ils sont des millions, ces frères éloignés, à être partis chercher fortune à l'étranger. L'argent qu'ils renvoient à leurs familles représente la première source de revenus du Salvador, avant le café. Aussi, en ouvrant ses bras à ceux qui rentrent au pays, le monument veut-il être avant tout une marque de reconnaissance.

"La Paz sea con vosotros". Dans ce pays écorché par une guerre civile meurtrière, on sait le prix de cette paix encore si fragile. Certes les affrontements ont cessé en 1992 lorsque gouvernement et guérilla ont signé la trêve. Et depuis, certains progrès se font sentir, notamment en matière d'alphabétisation. Mais l'extrême pauvreté du plus grand nombre, et surtout le sentiment général que richesses et pouvoir politique restent concentrés dans les mains d'une élite immuable, font redouter l'étincelle qui ferait à nouveau basculer le Salvador dans la violence. Une violence dont on a décidément du mal à se défaire, puisque le plus petit pays d'Amérique Centrale détient aussi le record régional peu enviable de la criminalité, et ce malgré l'omniprésence de la Policia Nacional Civil et des patrouilles militaires.

A aucun moment pourtant, nous n'éprouverons un sentiment d'insécurité au cours de notre séjour. La gratitude manifestée pour ceux que nous rencontrons et soignons à Técoluca semble bien démesurée par rapport au peu que nous leur apportons, en soins et en réconfort. En même temps, elle nous rend le départ un peu plus difficile, car nous voyons bien tout le travail qu'il y aurait encore à faire. De la fenêtre du bus qui nous ramène à l'aéroport, je revois le frère éloigné qui cette fois semble lever le bras en signe d'adieu : "La Paz sea con vosostros".

Que pourrait-on souhaiter de mieux à ce pays meurtri ?

 

1 $ = 7.30 F

BILAN FINANCIER MISSION SALVADOR

1 colon = 8.75 F

PREPARATION MISSION :

téléphone, fax

7 000.00 F

TRANSPORT :

AIR FRANCE :

Transport personnel (17 billets)

94 354.93 F

Transport fret aller Strasbourg-Roissy-Salvador(1477 kg. à 3.55 FF)

10 573.45 F

Transport fret retour (820 kg. À 15.77 FF))

12 928.20 F

ROUTE :

Péages voitures aller-retour + essence

0.00 F

Péage + gas oil camion (4 AR Metz-Strasbourg)(offert par sté FIMIC)

0.00 F

soit un sous-total TRANSPORT de :

117 856.58

MEDICAMENTS :

Médicaments CHMP Medess (en stock)

15 515.06 F

Médicaments CHMP Matériel médical (en stock)

6 150.61 F

Médicaments CHMP Biologie (en stock)

105.66 F

OCP (commande complémentaire)

7 508.57 F

Matériel ostéosynthèse, offert par centre de Traumatologie : 100 000 F)

soit un sous-total FOURNITURES MEDICALES de :

29 279.90

ACHAT FOURNITURES POUR MISSION :

Produits entretien, bâches, remise en condition matériel

2 755.85 F

soit un sous-total ACHATS de :

2 755.85

SUR PLACE :

Rations

7 129.40 F

Plats à réchauffer

Nourriture, hebergement départ Strasbourg

Nourriture, eau sur place

Fournitures diverses (gaz, quincallerie)

Carburant

soit un sous-total DEPENSES TERRAIN de :

7 129.40

COMMUNICATIONS :

Téléphone, fax (local au Salvador ou Miami)(10$+89.64)

162.64 F

Achat films Hi 8

176.00 F

soit un sous-total de :

338.64

MATERIEL A REMPLACER :

3 cantines

1 050.00 F

2 lits de camp

816.00 F

1 table examen

2 800.00 F

soit un sous-total de :

4 666.00

TOTAL :

169 026.37 F

MISSION INDE

Carnet de bord…

Le 26 janvier 2001, un tremblement de terre d'une magnitude de 6.9 sur l'échelle de Richter, touchait la province du Gujarat à l'Ouest de l'Inde, faisant un grand nombre de victimes.

Pour la première fois depuis sa création, MEDILOR faisait le pari de lancer une deuxième mission dans les 48 H du retour d'une autre mission. Mais le départ en Inde était conditionné par le retour du matériel de secours du Salvador, où une équipe de 17 personnes était intervenue. Ce dernier arrivé, reconditionné, une équipe de 11 personnes (3 médecins, 4 infirmiers, 4 logisticiens) est mobilisée en quelques heures. Deux journalistes (un reporter et un cameraman) de FR3 Lorraine nous accompagnent pendant notre séjour. Comme à chaque fois, les démarches sont entreprises pour trouver des places d'avion pour le fret et le matériel. Celles-ci ne nous sont pas facilitées par l'ambassade d'Inde en France.

Finalement, après un vol Paris-Bombay le 6 février, l'équipe doit changer d'aéroport à Bombay, pour prendre une correspondance vers Ahmedabad. Nous y sommes accueillis par le Père Victor, de la Catholic Church à Hansol Sardar Nagar, à quelques km d'Ahmedabad. Nous avions pu le prévenir de notre arrivée avant notre départ de France. Le fret arrive avec retard le 8 février 2001 à Ahmedabad où nous accomplissons les formalités de douane sans difficulté.

Dans la nuit du 8 au 9 février, nous prenons la route pour aller à Gandidham, le père Victor nous ayant dirigé sur un hôpital géré par Caritas India. Le voyage de 14 heures se fait de nuit avec un petit bus que nous avons loué. Le matériel est transporté par camion.

A Gandidham, les responsables de Caritas India nous dirigent ensuite vers un camp situé à 17 km de Bhuj, ville proche de l'épicentre du tremblement de terre. La ville est détruite à 85%.

Deux membres de l'équipe assistent à la réunion quotidienne des ONG et des organisations (Croix Rouge, Croissant Rouge) présentes.

Le 10 février, deux trinômes se joignent à une équipe de Caritas India. Avec deux véhicules 4 x 4, des villages sont visités au Nord-Est de Bhuj, près de la frontière avec le Pakistan. L'équipe de Caritas India est suivie d'un camion, qui distribue bâches et couvertures à la population après un entretien avec les autorités du village.

Le même jour, un autre trinôme part visiter un village tout proche du camp.

Le 11 février, nous procédons de la même manière : un trinôme se joint à Caritas India pour visiter des villages au Nord-Est de Bhuj, deux trinômes vont visiter des villages, méthodiquement les uns après les autres au départ du camp de base. Comme nous ne disposons pas de carte, nous improvisons un système de topographie, qui nous permettra de nous orienter.

C'est cette dernière tactique qui nous paraîtra la lus intéressante. Aussi, dès le 3e jour, tous les trinômes travailleront ainsi. En effet, lorsque nos équipes se joignaient à Caritas India, le nombre de patients consultés était plus faible et seules les personnes valides avaient un réel accès aux soins. Nous touchons ainsi ce qui a été le noeud de cette mission : avoir des renseignements fiables sur les villages visités. Ainsi, chaque organisation présente avait sa liste de villages visités, mais la coordination était particulièrement déficiente. De plus, en parcourant certains villages, nous traitons des malades ou blessés alités, qui n'avaient pas été vus par d'autres organisations.

En fin de compte, même dans les villages réputés "visités", l'ensemble de la population n'avait pas été traitée. C'est ainsi que dès le premier nous, nous avons donné des soins à un enfant de deux ans, présentant une fracture du fémur, non traitée depuis le tremblement de terre.

Les pathologies sont diversifiées mais nous faisons de nombreux soins de traumatologie avec des plaies importantes liées à des phénomènes de chutes de pierre et des plaies des pieds. Nous rencontrons de nombreuses pneumonies chez des enfants et chez des adultes. Et, phénomène nouveau pour MEDILOR, nous découvrons les complications des immobilisations de fractures faites dans les différents hôpitaux ou centres de soins (embolies pulmonaires, plâtres trop serrés). Nous donnons aussi des soins à un enfant brûlé à 15 % environ de surface corporelle, sans soin depuis le tremblement de terre.

En moyenne, lors de chaque visite de village, entre 30 et 50 personnes ont été examinées à raison de trois ou quatre villages visités par jour.

Chaque soir, nous soignons des personnes qui se présentent à notre campement. Ainsi, près de 15 ou 20 personnes "consultent" tous les jours. Comme lors des précédentes missions, les médicaments nécessaires sont chaque fois donnés aux patients en nous informant toujours des traitements en cours.

La communication avec la population locale se fait par l'intermédiaire de notre chauffeur de bus, ou directement en anglais.

Pendant tout le séjour, le fonctionnement en trinôme a prouvé son efficacité et notre autonomie complète a été le gage de notre efficacité. Comme d'habitude à MEDILOR, les logisticiens ont fait des merveilles. Les communications avec la base arrière à Metz se faisaient 2 fois par jour. Elle nous ont permis de donner des nouvelles à nos familles et de résoudre les multiples problèmes qui se posent pendant une mission : c'est grâce à l'obstination de la base arrière que l'une de nous a pu retrouver son sac à paquetage perdu à Paris et qui a été ensuite acheminé à l'aéroport de Bhuj.

A la fin de notre séjour, nous remettons à une ONG présente sur place pour deux mois une liste précise des villages visités et des cas qui semblent justifier un suivi (exemple de l'enfant brûlé). Nos médicaments restants sont remis aux médecins locaux.

Le retour se fera de nuit le 17 février par la route vers Ahmedabad, puis en avion le 18 février vers Delhi. Malheureusement Air France Cargo étant fermé le dimanche 18 février, deux membres de l'équipe devront rester le 19 février pour régler les problèmes de fret et accomplir les formalités douanières.

A noter également que pour des raisons de sécurité, Air France Cargo a refusé de transporter les groupes électrogènes. Nous en avons fait don à Caritas India à Delhi, qui s'est chargée de les ramener en zone sinistrée.

MICHEL F.

Le pays du sourire

"Namasté !" (Bonjour) : ce mot magique, accompagné d'un signe de tête et les mains jointes, a déclenché bien des sourires, des rires ou des attroupements, facilitant le contact et le dialogue, même gestuel, avec la population indienne.

Pour ce premier contact avec l'Inde, ce qui m'a beaucoup touchée, c'est le sens de l'accueil, l'hospitalité spontanée des habitants ; ils sourient comme on se plaint chez nous : partout, et avec insistance. Les femmes semblent s'approcher plus volontiers que les hommes : plus confiantes, peut-être ? ou plus communicatives ? Au hasard des rencontres, impression parfois de déjà vu : ces hommes dignes et sévères, dans leur costume couleur de sable, arborant fièrement une moustache aussi blanche que leur turban, ne sont-ils pas sortis tout droit d'un film sur la colonisation britannique ? Vivre sous des abris de fortune ne les change guère de l'ordinaire : bien des maisons sont de modestes constructions de torchis et de feuillages, quand ce ne sont pas des assemblages hétéroclites, de bois, de toile, de plastique, de couvertures.

"Namasté", mais encore ? Que veux-tu dire, petite Amita, qui écoutes avec recueillement le battement de ma montre ? Comme elles sont belles, tes boucles d'oreilles ! Mais ta plus grande richesse, c'est sûrement ton sourire : comment faites-vous, toi et les tiens, pour avoir l'air heureux dans cette antichambre du désert que la pluie boude depuis deux ans ? Et dire que vous trouvez encore de quoi nous offrir un peu de thé à savourer, dans une… soucoupe !

Sourire : celui des sœurs complices qui nous ont patiemment enrubannées de sept mètres de sari pour donner du "piment" à cette soirée de la Saint Valentin, où nous leur faisons partager notre folklore.

Sourire et patience : tandis que nos montres racontent notre hâte de vivre, l'attente paisible des malades ou blessés auprès des postes de soins aménagés à la hâte rappelle avec insistance que nous sommes ici dans une autre dimension : fatalisme ? sagesse ? Qui peut dire ce qu'il en est au juste ? Eux, ils savent : ils savent que, demain ou après-demain, ils vivront une autre vie ; ils sont reconnaissants d'avoir été épargnés. Et nous leur sommes reconnaissants du sourire qu'ils nous offrent et de la leçon qu'ils nous donnent : "Abâri !" (Merci).

Catherine H.

BILAN FINANCIER MISSION INDE

PREPARATION MISSION :

téléphone, fax

estimation

5 000.00 F

TRANSPORT :

AIR FRANCE :

Transport personnel

103 463.67 F

Transport fret aller

6 752.40 F

Transport fret retour

12 764.65 F

ROUTE :

Repas chauffeur camion (2)

132.00 F

Train AR Toulouse-Paris

981.00 F

Train AR Nancy-Paris (pour les visas)

340.00 F

soit un sous-total TRANSPORT de :

124 433.72 F

MEDICAMENTS :

20 352.98 F

208.41 F

6 769.51 F

881.95 F

2 434.86 F

soit un sous-total FOURNITURES MEDICALES de :

30 647.71 F

FOURNITURES POUR MISSION :

Produits entretien, bâches, remise en condition matériel

2 166.55 F

Rations

1 047.20 F

Plats à réchauffer

3 655.00 F

soit un sous-total ACHATS de :

6 868.75 F

SUR PLACE :

Hébergement Ahmedabad (6000 r)

1 000.00 F

Location bus pendant mission + camion ahmedabad-Bhuj AR (29300 r)

4 883.33 F

transport

Taxe aéroport (505 r)

84.17 F

transport

Location camion Dehli (2500 r)

416.67 F

transport

Taxi aéroport Ahmedabad (23 $)

168.00 F

transport

Taxi aéroport Dehli (1500 r)

250.00 F

transport

Cerclage cantines, taxe stockage, divers (163 + 220 r)

63.83

63.83 F

transport

Carburant (7238 r)

1 206.33 F

soit un sous-total DEPENSES TERRAIN de :

8 072.33 F

COMMUNICATIONS :

2 vacations satellite par jour (fax ou téléphone)

estimation

5 000.00 F

Téléphone (local en Inde)(529 r)

88.17 F

Participation communications téléphones portables

800.00 F

Achat films Hi 8

278.00 F

soit un sous-total COMMUNICATIONS de :

6 166.17 F

MATERIEL A REMPLACER :

2 groupes électrogènes

14 000.00 F

1 tente collective

14 350.00 F

15 cantines

5 250.00 F

10 lits de camp

4 080.00 F

1 poste radio

2 300.00 F

soit un sous-total MATERIEL A REMPLACER de :

39 980.00 F

TOTAL :

221 168.68 F

 

 

 

PROCHAINES REUNIONS :

Les projections et conférences sont annoncées dans la presse locale et sur notre serveur Minitel : tél. 03.87.65.37.85

Venez nous voir ou contactez nous en laissant un message sur notre serveur.

Vous pouvez aussi nous demander d'organiser avec vous une séance d'information.

 

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