Editorial :

Vous avez entre les mains le 10ème numéro de Médilor Infos.

Le premier numéro était sorti en 1993, après notre première mission, en Inde. 

Dix ans, dix numéros : je voudrais vous remercier 

VOUS NOS DONATEURS,

CAR SANS VOUS, NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE.

Certains nous ont écrit ou téléphoné fin 2002 car ils n'avaient pas reçu de Médilor Infos. 

Je vous rappelle que nous publions un numéro lorsque nous avons fait une mission.

Le nouveau siècle : l'année 2001 avait commencé par un doublé : 2 missions majeures (Salvador et Inde en moins d'un mois), la fin de l'année a été marquée par le 11 septembre et les attentats. Puis en 2003, ce fut le climat de guerre, puis le conflit en Irak et l'après-guerre.

Il ne m'appartient pas de dire si la France devait ou non participer à la guerre, mais ces faits n'ont pas facilité nos possibilités de mission. En effet, pour chaque mission humanitaire, le contexte politique est déterminant, même si pour nous, seul le volet médical compte. Il y a eu 3 alertes, mais pas de mission.

Médilor est néanmoins resté actif: rencontres, week-ends de formation, et surtout travaux dans notre nouveau local, mis à disposition gracieusement au sein de la BA 128 de Metz. Je tiens ici à remercier particulièrement son ancien chef de corps le colonel Vansantbergue, pour nous avoir accueilli et fait confiance, ainsi que monsieur Bohl, maire de Montigny Lès Metz. Nous remercions aussi Jean Claude Renaudin, l’un des fondateurs de Médilor, qui nous a hébergé dans sa société pendant 10 ans.

Un site Internet a été créé : www.medilor.com

Vous y retrouverez beaucoup d'informations et vous pourrez nous contacter.

2003 : Année de l'Algérie en France :

Pour cette occasion, des manifestations ont été prévues toute l'année, nous ne pensions pas qu’une catastrophe nous y ferait participer !

Le mercredi 21 mai, à 19 h.45, la terre tremble en Algérie ...

La suite, je laisserai un "trinôme" vous la raconter: Annick, infirmière et Jean Pierre, logisticien, dont c'était la première mission ainsi que Michel, médecin.

Je voudrais seulement insister sur 2 points de cette 14ème mission:

- la qualité de l'accueil des Algériens

- la coopération exemplaire avec les SAMU qui ont travaillé main dans la main avec nous : un grand merci à leur (et notre) patron, le dr Fellouh, chef du SAMU d'Alger.

Le bilan est très positif : 2500 personnes soignées par Médilor, autant par les SAMU algériens et, pour la première fois, l'impression en partant d'avoir terminé le travail.

Comme d'habitude, vous trouverez le budget de cette mission, car je vous rappelle que 100% de vos dons servent au financement des missions.

Encore merci.

Docteur Pierre WOLFF

Président de MEDILOR.

Mai 2003 : La terre tremble en Algérie

Mercredi 21 mai à 19h45, pendant la diffusion de la finale de la coupe de l’UEFA, un séisme d’une magnitude de 6,8 sur l’échelle de Richter secoue le Nord algérien, touchant durement la wilaya (département) de Boumerdès à l’Est d’Alger et faisant des milliers de morts et plus de 10.000 blessés.

Médilor est mis en alerte dès le lendemain. Après l’accord formel du Quai d’Orsay (cellule d’urgence) et de l’ambassade d’Algérie à Paris, et une fois les différentes démarches administratives effectuées, tout s’accélère et le départ est organisé pour le dimanche 25 mai : décollage de Paris-Orly à l’aube avec une équipe composée de 8 médecins, 5 infirmières, 1 sage-femme et 8 logisticiens.

Une aide attendue

Dès notre arrivée à Alger où nous sommes visiblement attendus, l’accueil à l’aéroport est très chaleureux, on nous souhaite la bienvenue. Tous se mobilisent pour nous aider à charger notre matériel sur un camion. Escorté par deux motards, un bus nous emmènera très vite à Boumerdès, centre de la zone touchée. C’est sous la pluie que nous établirons notre campement sur le stade olympique, où sont déjà installées plusieurs équipes de sauveteurs étrangers : Espagnols, Allemands, Autrichiens,… Le stade sera gardé en permanence…

Lundi 26 mai. Après un rapide débriefing, les équipes sont définies et deux d’entre elles vont se rendre au centre hospitalier de Boumerdès afin de rencontrer les équipes médicales algériennes. La traversée de la ville nous permet de constater l’ampleur des dégâts : certains quartiers ont été plus particulièrement touchés, des immeubles sont aplatis, écrasés ou chavirés sur un côté, les maisons individuelles lézardées, d’autres totalement effondrées, disloquées ; les rues sont jonchées de gravats, aucune construction ne paraît intacte.

Au centre hospitalier de Boumerdès, le chef de mission et les médecins sont mis en relation avec le SAMU 35 qui a été créé suite à la catastrophe, avec la participation des SAMU d’Alger, Oran, Blida, Bejaïa, Batna et Médéa. Nous constatons que les moyens humains, médicaments et ambulances sont en nombre suffisant. Par contre, certains moyens logistiques font cruellement défaut : cartes, liaison radio, papier crayons et il existe également de grandes difficultés de coordination entre les différents services tels que la Protection Civile, l’armée, la police et la santé. Le Ministère de la Santé semble avoir très peu d’informations sur la localisation des victimes, les zones touchées et les secteurs à visiter.

Le travail s’organise

La première partie du travail des médecins de Médilor consistera à délimiter et sectoriser une zone de 120 km longeant la côte de l’Est d’Alger jusqu’à Dellys et s’étendant sur 30 km vers le Sud, pour permettre aux équipes associant Médilor aux SAMU algériens d’aller à la rencontre des populations sinistrées.

Tout au long de la semaine qui suivra, cinq équipes vont se rendre sur les différents sites : Zemmouri, Thenia, Corso, la Cité des 1200, Dellys, Bordj-Menaïel,... Associés aux médecins et infirmiers algériens, nous établirons des points de consultation et distribuerons les traitements adaptés aux différentes pathologies, mais aussi des couches, du coton, des produits de toilette pour l’hygiène des petits, du lait maternisé.

Les pathologies prédominantes concernent les problèmes ORL, pulmonaires, dermatologiques (gale par manque d’hygiène et promiscuité), traumatologiques (plaies infectées, pansements à refaire, plâtres à consolider,…) et surtout tous les phénomènes psychologiques : angoisses, insomnie, crainte pathologique des répliques, deuil,… Par contre, peu de problèmes digestifs malgré l’absence de sanitaires.

Dans les camps éparpillés, parfois abris de fortune à l’aide de bâches et couvertures, les habitants semblent résignés, parlent de la volonté de Dieu. Meurtris, ils se sont habitués au pire : inondations, séismes, terrorisme. Ils évoquent la durée de la première secousse – 43 secondes - , les circonstances, l’horreur, les corps des membres de leurs familles toujours ensevelis sous les décombres qu’ils ne peuvent pas enterrer décemment, ce qui ne leur permet pas de faire le deuil. Ils sillonnent les autres camps à la recherche d’un ami, d’un membre de la famille…

Répliques

27 mai 2003 à 18h11, la pelouse du stade tremble sous nos pieds ! Cette forte réplique, d’une amplitude de 5,8 sur l’échelle de Richter, cause un vif émoi : des habitants qui avaient regagné leur domicile pour y récupérer des effets personnels se sont retrouvés ensevelis. Nous nous rendrons à Corso sous une pluie torrentielle pour prêter main forte aux sauveteurs. Les immeubles et maisons fragilisés par le séisme du 21 mai vont s’affaisser. Je pense à toutes ces familles rencontrées cet après-midi sous leurs abris de misère… 

29 mai à 3h15, réveil terrifiant : une nouvelle secousse ! Il n’y aura pas de blessés, mais la population craint maintenant de dormir dans les maisons, ils ne comprennent pas ces phénomènes de répliques et la panique s’installe malgré les appels au calme.

Petit à petit, la vie commence à se réorganiser, les abris improvisés font place à des tentes installées par l’armée et la protection civile. Une prise en charge psychologique est instaurée dans les camps pour les enfants traumatisés. A noter le formidable élan de solidarité des Algériens pour ravitailler les sinistrés en eau et aliments divers.

Au fil des jours, l’urgence liée à la catastrophe a diminué. Progressivement, les structures médicales locales parviennent à assurer une bonne couverture des besoins. Aussi, en accord avec elles, Médilor décide de son retour le 2 juin. Nous ne quitterons pas le sol algérien sans avoir passé notre dernière soirée autour d’un excellent couscous avec nos collaborateurs de Boumerdès et d’Alger.

Annick R.

Impressions

Première mission comme logisticien

Le fait d’être adhérent à Médilor depuis plusieurs années permet, au cours des différentes réunions, de faire la connaissance de la plupart des membres de l’association. Grâce à la rencontre de ceux qui sont déjà partis, mais aussi par les films et les photos, on découvre par petites touches ce que sont les missions Médilor. Ceci ne peut que renforcer sa motivation personnelle pour un prochain départ car, s’il n’est bien sûr pas question de souhaiter la survenue d’une catastrophe, on sait qu’elle arrivera un jour ou l’autre. Il s’agit donc de se tenir prêt.

L’alerte

Cette fois, ce sera l’Algérie qui sera frappée par un terrible séisme dans la soirée du mercredi 21 mai. Dès le lendemain j’apprends par un email de notre président que Médilor est en pré-alerte, les contacts sont en cours. Vendredi, confirmation du départ : il faut donner une réponse rapide pour pouvoir faire les démarches administratives (visas et billets). Grâce à la bonne volonté de mes collègues de travail, j’arrive à me libérer et me déclare partant. Passeport et vaccinations sont à jour, reste le paquetage : la liste des choses à emporter est bien utile !... De Bar-le-Duc, nous sommes deux à partir pour la première fois, à nous demander ce qui nous attend " là-bas ".

Sur le terrain

C’est sur place que je découvre pleinement mon rôle de logisticien, qui demande une bonne partie de débrouille. Il faut assurer à l’équipe les meilleures conditions de travail, d’hébergement, de nourriture, etc. Bien sûr, certaines tâches sont partagées par tous : chargement et déchargement du matériel, montage des tentes…

L’ambiance dans le groupe est cordiale et l’intégration des nouveaux se passe sans difficulté. Durant les huit jours passés à Boumerdès, je ferai équipe avec un médecin et une infirmière, et, en collaboration avec les SAMU algériens, nous visiterons des sinistrés dans différents campements du département.

Comment ne pas être ému en voyant tous ces hommes, femmes et enfants vivant dans la rue sous des tentes de fortune faites de quelques tapis et couvertures récupérés dans leurs appartements. Cela nous touche d'autant plus lorsque l’on a soi-même une famille à charge. Les personnes rencontrées sont souvent très affectées sur le plan psychologique et démunies de tous biens. Au bout de quelques jours, des équipes de psychologues viendront renforcer le dispositif médical déjà en place.

Malgré ce contexte dramatique, une telle mission n’en est pas moins riche sur le plan humain. Une amitié s’est liée avec les équipes des SAMU de Boumerdès et des environs. Nous correspondons régulièrement par email et continuons ainsi à avoir des nouvelles. Le gouvernement algérien s’était engagé à reloger toute la population sinistrée avant l’hiver, mais nombreux sont ceux qui vivent encore sous tente…

Jean-Pierre M.

BILAN FINANCIER :

Transport fret et personnes :                           8 159 €

                       Médicaments :                                                4 587 €                      

Achat fournitures :                                                          

- Petit matériel, consommables :                       1176 €

- Sur Place (nourriture, eau, gaz, carburant) :     3 121 €

Communications                                               1 542 €

(téléphone, fax, valise satellite)                                 

Matériel à remplacer                                        3 083 €

(détruit ou abîmé )                                                

TOTAL                                                          21 668 €

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