EDITORIAL :

Le 15 décembre dernier, MEDILOR a fêté ses 20 ans. Avec ce 13ème Médilor-Infos, nous vous présentons 2 missions : une mission à froid au Mali dans le cadre du mois de la Solidarité, déclenchée sur demande du gouverneur de la région de Ségou, l'autre suite au tremblement de terre à Port Au Prince en Haïti.

2 missions différentes mais toutes les 2 destinées à venir en aide à des personnes dans le besoin. Ce qui correspond pleinement à la mission que c'est fixée MEDILOR il y a 20 ans. Depuis 20 ans, vous nos donateurs nous avez toujours soutenu,

CAR SANS VOUS NOUS NE POUVONS RIEN FAIRE.

Un grand merci aussi à la REGION LORRAINE qui nous aide financièrement et qui nous fait confiance.

Je vous rappelle que vous pouvez retrouver dates de présentation et de manifestation, récits et articles sur notre site Internet www.medilor.com

Un grand merci à vous toutes et tous,

 

Docteur Pierre WOLFF, président de MEDILOR.

Mission en Haïti,  janvier 2010

Grâce aux médias actuels, chacun de nous a pu suivre presque en temps réel le terrible tremblement de terre à Port au Prince, en Haïti, le 12 janvier 2010.

Magnitude 7 soit la puissance d’une bombe H de 5 MT, épicentre à 10 km de profondeur et 20 km à l’ouest de la capitale Port-au-Prince, les deux plaques glissent de 1 à 2 mètres sur 70 km de long : c’est tout dire de l’ampleur de ce séisme.

16 heures 53 minutes : à cette heure, les habitants sont en pleine activité dans une ville faite d’innombrables bâtiments en béton : des employés dans les bureaux en béton, les enfants dans les écoles  en béton, les étudiants dans les salles de travail en béton, les chirurgiens dans les hôpitaux en béton… et en quelques secondes, tout s’écroule, emprisonnant des milliers d’employés, de fonctionnaires, de policiers dans leur caserne, de ministres dans le palais présidentiel qui s’affaisse d’un étage, de juges dans l’effondrement du palais de justice, de croyants dans leur lieu de culte, des promotions entières d’élèves infirmières dans leur lieu d’étude, des classes entières d’enfants dans leur crèche ou leur école… Les plus chanceux courent sur une terre secouée, sautent par les fenêtres, reçoivent des blocs de pierre sur leurs membres, s’en sortent avec des fractures, compressions, entorses, plaies multiples…

Ces différents éléments ( capitale + béton + puissance phénoménale + heure du séisme = population en pleine activité ) laissaient malheureusement prévoir le type de mission qui attendait MEDILOR. Ce sera comme à Gölcück en Turquie en 1999,  ou Boumerdès en Algérie en 2003.

D’emblée, MEDILOR est en alerte. La cellule de crise du Quai d’Orsay donne très vite le feu vert.

Mais il n’est pas si simple d’organiser la mission : d’abord il faut constituer une équipe et c’est difficile puisque MEDILOR a terminé une mission au Mali il y a peu de temps, tous les participants ont déjà pris sur leurs congés; ensuite, depuis une récente loi interdisant aux associations humanitaires de stocker des médicaments préventivement, il faut rapidement évaluer les besoins et trouver un fournisseur disponible, ayant du stock et capable de tout acheminer en urgence malgré le weekend ! Notre pharmacien Benoît Beaudoin fait des prouesses et en quelques jours arrive à ses fins.

Pendant ce temps les logisticiens conditionnent tout le matériel indispensable à notre autonomie de vie : couchage, nourriture, machine à eau, hygiène, pour toute la durée du séjour prévu (14 jours).

Autres problèmes des plus épineux : le transport et le point de chute pour travailler efficacement : le petit aéroport de Port-au-Prince, que nous connaissons de notre précédente mission en Haïti en1998, n’est plus fonctionnel, la tour de contrôle endommagée. Les Américains ont rapidement mis en place une tour de contrôle en remplacement et gèrent les mouvements d’avions, atterrissages et décollages. Inutile de dire qu’il est très vite saturé, inadapté au trafic intense ce qui, ajouté aux priorités américaines, n’avantage pas les avions français. 

Il faudra atterrir en République Dominicaine et arriver

 

 à Port-au-Prince par la route. Le sésame nous viendra d’une autre association humanitaire, PROMUNDIA, située à Strasbourg et qui a eu vent de notre mission par le biais d’un article paru dans les Dernières Nouvelles d’Alsace. Cette association compte comme vice-présidente une habitante de Saint-Domingue, pays frontalier avec Haïti, possède une antenne à Port-au-Prince et connaît la personne capable de nous faire passer la frontière pour arriver par la route à Port-au-Prince. N’imaginez pas une autoroute, ni même une route de chez nous ; 450 km de route dévastée par l’outrage du temps, devenue une piste sur quelques kilomètres à cause d’un lac dont la montée des eaux de 2,5 m en 2 ans recouvre la route et inonde le poste de douane, d’innombrables ornières vastes comme des piscines, une frontière surchargée de migrants, ouverte seulement de jour. Partis à 6h le matin, nous arrivons à 16 h.

Reste à trouver où s’installer dans Port-au-Prince pour être le plus rapidement efficace. Premier contact, l’Ambassade de France, vieux bâtiment bien construit et resté debout ! Une première proposition enclavée entre un camp de sinistrés et une école effondrée ne convient pas, manque de place pour se déployer et trop de risques pour nos équipes au vu des bâtiments fissurés aux alentours qui ne demandent qu’à finir de tomber en cas de réplique ! Rapidement on se retrouve dans l’enceinte de l’Hôpital Français, miraculeusement debout dans sa plus grande partie. Sur demande expresse du docteur Chevalier, responsable de la coordination médicale à l'Ambassade de France, le PDG de l’hôpital, M. Martinod nous octroie rapidement un endroit où nous installer et à la nuit tombée le camp est monté : 2 grandes tentes pour le couchage et la réserve de médicaments, une troisième pour le point de consultations destiné à deux médecins et à la distribution des médicaments après les consultations. Et nous voici installés dans la cour de l’hôpital, à 10 mètres d’une dizaine de blessés en post-opératoire, sous perfusions, couchés dehors à même le sol. Les chambres sont vides dans cet hôpital, mais les malades ont encore peur des répliques et ne veulent pas être enfermés au cas où... En ville c’est pareil : les rares maisons en état sont inoccupées, leurs propriétaires dorment aussi dans la rue par peur des répliques... qui heureusement ne viendront plus.

Le lendemain matin, organisation de la pharmacie : il faut déconditionner trois palettes de cartons de médicaments, les ranger par catégorie, conditionner le point pansements et le point médicaments. A midi tout est prêt et les consultations commencent. Il a suffi du bouche à oreille et d’une annonce faite en créole sur une radio locale pour que très vite les patients affluent !

Les rescapés sont tous traumatisés, tant physiquement que moralement. Tous ont perdu des proches, des enfants, des parents. Le chirurgien qui opérait dans l’hôpital Français au moment du séisme a perdu sa fille, enfouie dans son école. Une femme se trouve seule avec ses 2 enfants, son mari resté dans la maison derrière elle n’a pas pu s’échapper. Un homme rentrait chez lui et sa maison s’écroule devant lui, il ne peut rien faire pour sa petite famille restée dedans; un autre sort de chez lui jeter sa poubelle et en se retournant voit sa maison s’écrouler… Tous nous racontent l’horreur. Certains chanceux s’en sortent avec des fractures qui ont été opérées ou plâtrées mais dont les plâtres sont souvent à refaire. Tous ont reçu des blocs de béton  et les plaies soignées les premiers jours n’ont plus été vues depuis plus de 10 jours. Nos infirmières s’en chargent et ne chôment pas. Elles pansent, réconfortent, ont un mot apaisant, font dessiner les enfants pour essayer d’évacuer le stress, personnalisent l’écoute, distribuent les médicaments prescrits par les médecins. Ces derniers travaillent sur trois postes : un à la base dans l’hôpital français, un avec logisticiens et infirmières en renfort d’un autre hôpital, l'hôpital Espoir distant d’une bonne heure de 4X4 particulièrement éprouvante pour notre logisticien conducteur Yves qui circule tant bien que mal dans cette cohue générale, *où opéraient des chirurgiens américains bien contents d’avoir en complément des cliniciens pour la pathologie non chirurgicale ; enfin un autre médecin accompagné de logisticiens et d’infirmières pour travailler dans les camps de sinistrés, de façon itinérante. Cela nous a permis de soigner des gens qui n’avaient pas vu de personnel médical depuis le séisme et de diagnostiquer des fractures du fémur, du bras, de soigner des plaies d’amputation et tant d’autres.

A côté de ce travail lié directement à la traumatologie, de nombreuses consultations concernent les suites du séisme, à savoir toutes les complications de survie de ces gens jetés à la rue. Imaginez-vous des milliers de mètres cubes de béton réduits en poussière, des tas de gravats partout, aucun ramassage des ordures, des conduites d’arrivée d’eau détruites avec les difficultés d’approvisionnement qui en résultent, des conduites d’écoulement des eaux usées  éventrées qui déversent leurs eaux polluées, et la poussière sans cesse soulevée par une petite brise. Les yeux et les poumons en souffrent, irrités sans cesse, jour et nuit. Le jour il fait très chaud, mais la nuit est fraîche, les gens dorment à même le sol, à peine recouverts d’un tissu quand ils en ont un, et bien sûr en quelques jours les enfants plus fragiles sont infectés : rhinites, bronchites, pneumonies … les petites plaies superficielles deviennent des infections cutanées généralisées, là où une simple désinfection locale suffisait, à présent il faut un traitement antibiotique par voie générale. Certains patients qui,  avant le séisme, étaient traités pour des pathologies classiques comme de l’asthme, du diabète, de l’hypertension, se retrouvent du jour au lendemain sans *aucun traitement ; résultat, en quelques jours leur pathologie préalable décompense : crise d’asthme, coma diabétique, poussée d’hypertension et son cortège de complications…

Ces gens-là  aussi ont besoin de nous et nos médicaments donnés pour 15-20 jours sont les bienvenus pour leur permettre de passer le cap difficile, d’autant que bon nombre ont perdu leur médecin, resté enseveli dans leur cabinet médical sous les décombres.

Dans l’équipe nous avons une sage-femme ; quel bonheur ! Des femmes enceintes, il y en a beaucoup et Sandrine peut les examiner dans une tente spécialement dressée par nos logisticiens pour assurer une intimité sécurisante dans le tumulte général. Équipée de son doppler, elle peut rassurer ces femmes sur la bonne santé du bébé et entre autres, sauve la vie d’une femme à terme, menacée d’éclampsie mortelle pour elle et le bébé. Un petit garçon naît par césarienne le lendemain, il s’appellera Sandrin-Pierre, en hommage à la sage-femme Sandrine et au chef de mission Pierre !

Durant toute cette mission nous n’avons à aucun moment eu un sentiment d’insécurité, contrairement à ce que certains médias laissaient penser. Il est vrai que nous n’étions pas dans les quartiers les plus chauds de la capitale! Bien au contraire, nous avons été frappés par la gentillesse des gens, à tout moment, comme par leur ferveur religieuse, en particulier le dimanche matin où, deux heures durant, ils se sont réunis en face de notre camp, à côté d’une église encore debout mais dont les bâtiments servant d’école étaient tous effondrés et attaqués au bulldozer depuis deux jours. Trois heures de sermon, de prières et de chants, j’avais beaucoup de mal à interroger les malades et entendre au stéthoscope ! En ville, lors des distributions de nourriture très encadrées par les policiers haïtiens et les militaires américains, les femmes, silencieuses et calmes, dessinaient une immense file de corps serrés les uns derrière les autres, le petit papier délivré par une autorité locale permettant de recevoir la ration, 15 kg de riz pour une famille. Restait à trouver l’eau, et de quoi faire bouillir cette eau...

Inutile de vous dire que nous n’avons pas chômé. Tous les membres de MEDILOR se sont mutuellement épaulés, tant les logisticiens que les infirmières et les médecins. Le départ étant prévu le vendredi matin, tout a été reconditionné en 25 grosses malles dès le jeudi après-midi. Les médicaments et tout le matériel médical restants ont été triés et conditionnés en lots spécifiques en fonction de leurs destinataires, et remis en mains propres à l’hôpital Français, à l’hôpital Espoir, à la pharmacie humanitaire française, à un groupe de médecins Haïtiens qui œuvrent dans un camp sur le stade, à la paroisse du père André ainsi qu’à l’association Promundia pour leur orphelinat. Une de nos grandes tentes et 8 lits pliants ont été laissés au père André. ce qui a permis à celui-ci de monter une cellule de post-opérés pour les nourrir et les requinquer avant qu’ils ne regagnent leur famille. Enfin des équipes canadiennes et allemandes qui arrivent pourront prendre le relais pour assurer la continuité des soins.

Le chemin du retour n’a pas été de tout repos ; partis à 8h du matin, nous sommes arrivés à l’aéroport de Saint-Domingue à 19 h pour attraper l’avion de justesse. Un camion pour le fret, une voiture tombée 10 fois en panne sans compter une erreur de parcours, un minibus de 15 personnes, et 11 heures pour effectuer les 450 km de route invraisemblable sans manger ni le midi ni le soir…Tout sauf des vacances ! Et à peine rentrés chez nous, il faut rattraper ces 15 jours de bénévolat que l’on a pris sur notre temps de travail…

Peu importe, pensons plutôt à ce peuple qui souffre encore et encore, à ce pays complètement détruit et désorganisé. Il va devoir faire face aux innombrables difficultés qui vont inévitablement se dresser pour sa reconstruction. Continuons notre action grâce à vous sans qui nous ne pouvons rien. Notre association ne reçoit aucune subvention de l’état, et nous avons besoin de donateurs pour financer  chaque mission. Vous pouvez y contribuer, en faisant un don à MEDILOR.

100 % de vos dons servent au financement des missions, les frais généraux de l’association étant couverts en totalité par les cotisations annuelles des membres.

Aussi petit soit votre don, dites-vous qu’il est immense pour les gens que nous aidons, car ce sont  bien souvent les plus démunis qui font appel à nous au cours de ces missions. »

Alain Steinmetz,    un  des  médecins.

Budget provisoire au 1er mars 2010 :

 

Transport                                               27 625,17 €

Médicaments                                         10 084,00 €

Matériel (à remplacer)                             4 418,18 €

Hébergement / Nourriture                        3 038,75 €  

(autonomie pour 20 personnes pendant 15 jours)

Communication                                        941,30 €  

(téléphone, valise satellite pour préparer et pendant la mission) 

Taxes & douanes                                       90,57 €

Total provisoire au 01/03/10               46 197,97 €

 

 

 

 

 

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